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BIVALD Katarina - "Bienvenue au motel des pins perdus".

528 pages.

Editions Denoël (2019).

«Il y a une minute, Henny Broek traversait la rue, maintenant elle est plantée sur le trottoir et regarde son cadavre. Elle est donc décédée dans un accident de la route et devrait rejoindre le royaume des morts. Mais elle a passé toute sa vie dans la même petite ville, elle a toujours travaillé dans le même motel décati et elle ne compte pas leur dire adieu de sitôt. Alors qu'elle regarde ses amis et ses proches réunis pour son enterrement, Henny est confrontée à un nouveau défi : les aider à retrouver leur joie de vivre, malgré leur apparente détermination à rester isolés et malheureux. Henny décide de raviver les vieilles amitiés et de réunir les anciens amants. Pendant ce temps, son cher Motel des Pins perdus reprend vie lui aussi et se peuple d'étrangers pas forcément bienvenus. Les habitants de la ville ne sont pas ravis du changement et la tension monte entre le personnel du motel, les clients et les riverains. Est-ce que Henny aide vraiment ses amis et sa ville en restant parmi eux ? Le bonheur se révèle bien vite plus compliqué qu'elle ne pensait, mais pour elle, tant qu'il y a de l'amour, il y a de l'espoir.»
INCIPIT: "Je les imagine d'ici."

4 - Passable

Comme pour beaucoup de lecteurs, la découverte de Katarina Bivald a été un vrai carambolage, et son roman "La bibliothèque des coeurs cabossés" une belle lecture fourmillant de références littéraires. Je n'ai pas eu l'occasion de lire le second roman de l'autrice "Le jour où Anita a envoyé tout balader", mais il faut reconnaître qu'il y a un peu de pression sur les pages du petit dernier...

Henny vient de retrouver son amour de toujours, folle de bonheur elle retourne au travail c'est alors que la jeune femme est victime d'un accident de la route. Mais au lieu de rejoindre la lumière, qu'elle ne voit pas cela dit en passant, la jeune femme se retrouve à faire les cent pas dans l'univers qu'elle à toujours connu, même si plus personne ne la voit. En attendant son heure de passage, le jeune fantôme va tout faire pour rendre les gens qui l'aimait heureux.

Pour les cinéphiles, cette première scène - choc - du roman rappelle celle non moins frappante du film "Rencontre avec Joe Black" où le beau Brad Pitt se fait renverser par une voiture. Il est rare qu'un auteur décide sciemment d'éliminer son personnage principal dès le premier chapitre, ou alors le reste du roman est un flash-back sur le passé. Ici, ce n'est pas le cas, Henny devient un esprit bloqué entre deux mondes, sur lesquels elle n'a aucune emprise. Sans verser dans le fantastique, Katarina Bivald, qui y a quand même mis un pied en faisant de cette pauvre Henny un fantôme, aurait pu lui permettre d'avoir des interactions avec le monde dans lequel elle est coincée. Elle n'est là qu'en spectatrice, ce qui ferme au récit un potentiel extraordinaire. Pourquoi dans ces cas-là, ne pas avoir simplement utiliser le souvenir de la jeune femme?...

L'autrice n'est pas particulièrement tendre avec la pauvre Henny. En plus d'avoir eu une vie tout à fait maussade, elle est fauchée dans la fleur de l'âge, alors même que les choses redevenaient intéressantes pour elle avec le retour de son grand amour Michael, qu'elle n'avait pas revu depuis une quinzaine d'années. Pourtant la jeune femme est très attachante, mais totalement passive dans sa propre histoire, aussi bien vivante que morte.

Tous les autres personnages sont des proches de la jeune femme, et gravitent autour du motel des pins perdus. Il y a, en plus de l'amoureux, Mackenzie la meilleure amie homosexuelle. Elle est assez sauvage dans son genre. Une autre amie d'enfance ressurgit, Camila, qui elle a quitté Pine Creek, qui l'étouffait. Mais il y a aussi Derek et Robert, le frère baratineur de Michael et son père. Tout ces êtres mal dans leur peau vont graviter autour du motel des pins perdus, et peut-être réussir à faire, en s'unissant, quelque chose de positif de leurs vies. L'autrice à travers ce roman aborde des thématiques fortes comme l'homosexualité, le transgenre, la différence et le regard des autres, l'acceptation de soi; mais son trajet est semé d'enbûches, et le lecteur se demande à plusieurs reprises où tout cela va bien pouvoir aboutir.

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Un roman qui aurait pu être aussi captivant que "La bibliothèque des coeurs cabossés" et qui peine à convaincre son lecteur. Même si le postulat de départ était plus qu'intéressant, Katarina Bivad n'a pas su l'exploiter de la meilleure façon qui soit. C'est une lecture feel-good qui fait du bien, mais qui aurait pu être encore plus fluide qu'elle ne l'a été. Une histoire agréable à lire néanmoins.

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance.

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