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MACNEAL Elizabeth - "La fabrique de poupées".

Ebook.

Éditions Presses de la Cité (2019).

« Londres, 1850. L’Exposition universelle va bientôt ouvrir ses portes dans le tout nouveau Crystal Palace, et les badauds se pressent pour venir admirer cette merveille. Parmi eux, Iris, modeste employée dans un magasin de poupées, à la beauté mâtinée de difformité, qui rêve de devenir artiste peintre. Et puis il y a Silas, taxidermiste amateur de macabre et de curiosités, désireux d’y exposer ses créatures. Ces deux-là se croisent, et leurs destins en seront à jamais bouleversés. Iris accepte bientôt de poser pour Louis Frost, un jeune peintre préraphaélite. Avec lui, le champ des possibles s’élargit, et le modèle, avide de liberté, découvre peu à peu l’art et l’amour. Mais c’est compter sans Silas, qui rôde non loin de là, tapi dans l’ombre, et n’a qu’une idée : faire sienne celle qui occupe toutes ses pensées, jusqu’à l’obsession… Campée dans un Londres à la Dickens, La Fabrique de poupées met en scène la détermination d’une femme à s’affranchir de sa condition. C’est aussi un conte cruel, raffiné et résolument moderne, au suspense maîtrisé, qui explore avec une précision chirurgicale les frontières entre l’amour, le désir et la possession.»

6 - Bon moment de lecture

En ayant ce livre en main, le lecteur est d'abord intrigué par cette magnifique couverture qui laisse présager beaucoup de choses, de même que le titre qui intrigue. Bien sûr, il ne faut pas souffrir de pédiophobie - nouveau mot de la semaine ^^ qui signifie avoir une phobie des poupées.Avec la quatrième de couverture est cette plongée historique dans le Londres victorien et l'exposition universelle, le lecteur est ferré. 

En cette fin de XIXème siècle, Londres fourmille d'excitation avec l'ouverture imminente de l'exposition universelle. Tout le monde en attend beaucoup et est impatient de découvrir les merveilles qui s'y cachent. Particulièrement Iris qui se étouffe dans sa petite vie étriquée au fond d'un magasin où elle peint des visages de poupées. Elle rêve de plus, elle rêve de grand, elle veut devenir peintre et va s'en donner les moyens surtout le jour où elle rencontre Louis Frost peintre préraphaélite de son état. De son côté Silas aimerait beaucoup présenter ses créations lors de l'exposition universelle. Il est taxidermiste de son état. Mais lorsqu'il croise les pas d'Iris, sa vie bascule. 

Pour un premier roman, Elizabeth MacNeal propose une intrigue captivante dans une atmosphère historique fascinante. Au coeur de ce récit se croisent des personnages qui vivent. Ni bon ni mauvais, ils sont simplement humains. Dès les premières pages, le lecteur découvre la crasse de ce Londres, revers de la médaille de cette société intellectuellement très stimulante. Crasse dans la vie d'Iris qui n'espère qu'à sortir de là, crasse dans la vie de Silas pour qui le lecteur va ressentir de l'empathie lorsqu'il va avoir le coeur transpercé par la flèche de Cupidon. Mais ce sentiment va mué au fil des pages pour se transformer en oppression...

L'autrice a parfaitement développé la psychologie de chacun d'eux, du principal au secondaire. Elle offre ainsi le portrait saisissant  du personnage de Silas, à côté duquel Iris semble frêle, tel le conte de la Belle et la Bête. Mais l'histoire merveilleuse va progressivement se transformer en conte cruel au coeur de ce Londres dans lequel l'hygiène n'est pas une première nécessité. Ou les enfants des rues ramassent des cadavres d'animaux pour subsister, ou al prostitution et les bordels sont monnaie courante. Cet univers est sale, glauque et apporte une atmosphère étouffante et un sentiment de dégoût au lecteur. 

Heureusement, à côté de ça, il y a l'art, la peinture préraphaélite et la beauté. Cette poésie de l'oeil contrebalance cette noirceur des gens de l'époque qui se battent pour vivre. L'alternance entre cette beauté et ce côté poisseux de la vie emprunt de méchanceté, malmène le lecteur. Cette ambivalence va s'accentuer avec la tension croissante du récit, qui monte au fur et à mesure que les pages se tournent, et qui va maintenir un  suspense haletant jusqu'au dénouement. 

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A travers cet univers crasseux à la Dickens, Elizabeth MacNeal offre au lecteur un conte fascinant et cruel au coeur d'une atmosphère historique captivante, avec des personnages fouillés et une intrigue prenante. La mise en lumière de la place de la femme dans cette société n'est pas anodine. C'est un premier essai réussi et une autrice à garder à l'oeil.
Je remercie les Éditions du Masque et Netgalley de leur confiance et leur originalité.

 

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