Cadwallader

CADWALLADER Robyn - "Une autre idée du silence"

392 pages

Éditions Denoël (2015).

«Angleterre, 1255. À seulement dix-sept ans, Sarah décide de devenir anachorète. Dévouée à Dieu, elle vivra recluse dans une petite cellule mesurant neuf pas sur sept à côté de l’église du village. Fuyant le deuil de sa sœur adorée, morte en couches, et la pression d’un mariage imposé, elle choisit de renoncer au monde – à ses dangers, ses désirs et ses tentations – pour se tourner vers une vie de prière. Mais petit à petit elle comprend que les murs épais de sa cellule ne pourront la protéger du monde extérieur. Une autre idée du silence raconte l’histoire intemporelle d’une femme rebelle, prête à des sacrifices inimaginables pour se libérer des chaînes de la société. Elle enchante et hante le lecteur jusqu’à la dernière page.»    
INCIPIT: "J'avais toujours voulu être jongleur, faire des acrobaties, me jeter dans le vide puis, rien qu'avec mes bras et mes jambes, retomber par terre sans me faire mal." 

6 - Bon moment de lecture

Le titre de ce roman est pour le moins intriguant, et pour le moins poétique. La couverture du roman est très réussie. Association des couleurs déjà, puis la qualité de la photo, retravaillée avec des craquelures, qui dénotent le passage du temps, et donne un côté peinture ancienne à la reproduction. Les chapitres alternent, de façon plus ou moins régulière, entre deux personnages principaux: Sarah et Ranaulf.

Le postulat de départ est captivant. Qu'est-ce qui peut pousser une jeune fille de 17 ans, à devenir une anachorète? La thématique traitée par l'auteur est pour le moins originale. Le récit est intéressant, si ce n'est intriguant, d'un milieu totalement inconnu. Une anachorète est une femme qui décide de vivre, sa vie durant, dans une cellule, telle une recluse, n'ayant comme accès au monde extérieur, qu'une fenêtre par laquelle ses servantes lui procurent tout ce dont elle a besoin pour vivre, et une autre pour recevoir les femmes du village qui auraient besoin de conseils, ou de prières. Car cette femme décide de consacrer toute sa vie uniquement à le prière et à Dieu. A 17 ans, cela fait jeune pour prendre une telle décision.

Même si l'idée principal est intriguante, il faut pouvoir tenir presque 400 pages, en racontant la vie d'une recluse dans 12m2. Et la partie n'est pas gagnée d'avance. Néanmoins, le lecteur ne tarde pas à découvrir les motivations profondes de Soeur Sarah, qui, il faut bien l'avouer, sont tout à fait justifiées. Robyn Cadwallader, en plus d'aborder ce statut de recluse, parle, en toile de fond du statut de la femme au Moyen-Âge. Femme: être humain avec plus de valeur qu'un esclave mais de moindre importance par rapport à un homme. On comprend comment les mentalités mettent autant de temps à évoluer. En 760 ans, les choses ont bougé, mais ne sont pas encore parvenues à un équilibre des plus justes. J'dis ça... j'dis rien.

Le lecteur reçoit beaucoup d'informations sur la vie au Moyen-Âge. L'auteur retranscrit habilement, à travers les conversations de Soeur Sarah avec les femmes du village, la vie d'un habitant moyen, le travail dans les champs, mais aussi la vie de personnes d'un niveau social plus élevé, comme celui de Sarah, ou de Sir Thomas. Au travers de la vie du Père Ranaulf, le lecteur approche également le scriptorium, les ouvrages copiés, les enluminures, mais aussi la politique de l'église pour renflouer les caisses, C'est passionnant rien que pour le côté historique du roman.

Sarah ne doit entrenir de relations qu'avec des femmes, comme les villageoises, ou ses servantes Louise, et Anna; son confesseur est le seul homme à pouvoir lui parler - mais sans la voir. Le bon Père Peter est rapidement remplacé par le Père Ranaulf, pour cause de détérioration de son état de santé. Ce nouveau confesseur est un personnage très distant et froid avec la jeune fille. Sa vocation première étant moine copiste, il se préoccupe davantage de ses écrits que des états d'âme d'une jeune recluse. Même si il n'est pas si glacial que ce qu'il laisse paraître...

Le réel point faible de ce roman est le côté un peu fade des relations qu'entretiennent le Père Ranaulf et Soeur Sarah. Étant érudits tous les deux, l'auteur passe à côté de conversations captivantes. L'un étant le confesseur de l'autre, elle ne joue pas non plus la carte d'une certaine amitié qui aurait pu se nouer entre eux, tout en restant bien sûr dans la légalité établit par leurs croyances. Là où le bas blesse, c'est que le Père Ranaulf a une vision des femmes égale à celle d'un démon. La femme c'est le mal! Alors devoir confesser les pensées impurs et autres révélations de l'une d'entre elles, vous imaginez bien ce que cela peut donner dans la tête du pauvre homme.

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Ce roman, à l'environnement et aux thématiques plus qu'intéressantes, pêche très légèrement par le manque d'affinités entre les deux personnages principaux, mais cela ne durera peut-être pas finalement, même si ce n'est pas par les mots que cette sympathie se manifestera...
Je remercie les Editions Denoël pour leur confiance.
CITATIONS: "J'étais debout dans l'obscurité. (...) J'ai touché les lèvres; elles étaient là, mais quand j'ai éloigné la main, ma bouche a disparu."
"J'aimais lire dans ma règle qu'une vierge se trouvait juste au dessous des anges, mais pour le moment j'avais seulement l'impression que le battement de leurs ailes s'éloignait de moi."
"Je me suis dit que chaque histoire avait une vie, qui dépassait l'homme qui la copiait."
"Le silence fut d'abord comme un petit animal effrayé, perché sur le rebord de la fenêtre, mais tandis que Ranaulf demeurait assis là sans bouger, le silence grandit, très lentement, remplit le parloir, s'enroula autour de son cou, lui frôla le dos, se recroquevilla sous ses genoux, enveloppa ses chevilles, flotta le long des murs, s'engouffra dans les recoins et se nicha dans les fissures de la pierre. Un bruissement derrière le rideau. Il se demanda s'il pouvait entendre Sarah respirer. le silence se glissa sous le rideau jusqu'à la cellule de l'autre côté. C'était comme du velours. Il grandissait et s'installait, occupant l'espace. Ranaulf ne bougea pas; il perdit la notion du temps. Tout ce qu'il savait, c'était que cette femme se trouvait à portée de main, dans le noir, et qu'elle respirait. C'était suffisant."
"Parfois je regarde ma porte, cet étrange bloc de bois qui retient le monde entier à l'extérieur. Si je l'ouvrais je m'envolerais comme une feuille."
"Les jours ne mesurent pas l'amour."
"Il lui fallait toujours du temps pour reconnaître sa propre colère, qui avançait comme un chat traquant un oiseau, d'un pas sûr et silencieux. La colère était un péché, une passion incontrôlée qui aveuglait le coeur."

denoel

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