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11 avril 2020

Cho Nam-Joo - "Kim Jiyoung, née en 1982".

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NAM-JOO Cho - "Kim Jiyoung, née en 1982".

219 pages.

Éditions NiL (2020).

«Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d’un prénom commun – le plus donné en Corée du Sud en 1982, l’année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu’elle aime mais qu’il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d’autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ? En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d’une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu’on ne s’y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée – elle est le miroir de la condition féminine tout court.»

 

INCIPIT: "Kim Jiyoung a trente-cinq ans." 

 

 

Quittant une autrice féministe pour une autre, c'est sans aucune idée préconçue que je me suis plongée dans ce roman; qui est d'ailleurs ma première entrée dans la littérature Sud-coréenne. 

La Corée du sud est un pays très traditionaliste, comme bon nombre d'autres. La place de la femme y est dépréciée à la faveur de celle de l'homme. Kim Jiyoung est née en 1982, et contrairement aux autres membres féminins de sa famille, elle a pu continué ses études jusqu'à l'obtention de son diplôme. Mais voilà que peu de temps après son mariage, elle tombe enceinte et se voit dans l'obligation d'abandonner toute ambition professionnelle au profit de son enfant. Et devenir ainsi, comme toutes les femmes coréennes, une mère au foyer. 

Cho Nam-Joo décrit avec exactitude et un froid réalisme cette société patriarcale dans laquelle la femme n'est pas l'égale de l'homme. Statufiée dans son rôle de mère et d'épouse, elle ne peut avoir d'ambition quelconque pour elle-même. D'ailleurs même avec un diplôme, à capacités égales, la société coréenne préférera embaucher un homme plutôt qu'un individu du sexe faible.

Dès l'enfance, cette façon de voir la position de la femme dans la société, est inculqué par l'éducation et les coutumes familiales. A l'école même, la supériorité masculine est une évidence. Bon nombre de coréennes ont préféré avorter plutôt que de donner naissance à une fille. Ce que fit la mère de Kim Jiyoung elle-même, après avoir eu deux filles. Souvent les filles sont contraintes d'arrêter leurs études et d'aller travailler pour payer celles de leur frère. 

Cho Nam-Joo a travers la vie de son personnage, offre un cliché saisissant de la situation de la femme, en ce pays. Mais le lecteur pourra faire remarquer que, même dans certains pays modernes, nulle n'est à l'abri de ce sexisme. La Corée n'est pourtant pas indifférente à cet état de faits, et à promulguer des lois poussant la société à une revalorisation de la femme; néanmoins les traditions ont la vie dure et les mentalités changent lentement. Il faut savoir que la Corée du sud est l'un des rares pays industrialisé à interdire l'avortement sous peine d'être emprisonnée. Le taux de suicides y est le plus élevé et pour la majorité des jeunes ne rêvent que de partir car la vie y est un enfer. 

L'autrice raconte cette histoire semble-t-il avec détachement, et pourtant il n'en est rien. Cette neutralité repose sur les petits gestes du quotidien, toutes ces habitudes qui renforcent et étouffent cette inégalité sociétale. Le lecteur développe une empathie pour cette jeune femme et la vision inéluctable de son avenir, condamnée aux traditions. 

étoileétoileétoileétoileétoileétoileétoile

 

Je remercie les Éditions NiL de leur confiance. Cette lecture est un moment marquant. Elle met en lumière, à travers une plume adroite et intelligente, les conditions de vie des femmes en Corée du sud. Un roman percutant, où le poids de l'ordinaire passe inaperçu à force d'habitude, alors que cela devrait nous révolter. Une autrice qui a sa place aux côtés des plus illustres féministes. A découvrir. 

 

              

Excipit - "Je prendrai une célibataire pour la remplacer."

Nil

 

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