Graham Greene - "Le fond du problème".
GREENE Graham - "Voyages avec ma tante".
384 pages.
Éditions Robert Laffont (2018).
« Par envie de se divertir, Irene Wagner, épouse d’un riche avocat, entretient une liaison avec un musicien, jusqu’au jour où, en sortant de chez son amant, elle est bousculée par une femme qui la reconnaît. Dès lors, Irene vit dans la peur. Victime d’un odieux chantage, elle paie des sommes de plus en plus folles, sans savoir comment expliquer ces dépenses inconsidérées à son mari, et perd tout ce qui fait son existence. Par souci à la fois de modernisation et de fidélité à la version originale, la collection « Pavillons Poche » publie ce chef-d’oeuvre de Stefan Zweig dans une traduction inédite en poche.»
INCIPIT: "Je rencontrai ma tante Augusta pour la première fois en plus d'un demi-siècle aux obsèques de ma mère."
Voici le second roman de Graham Greene que je lis, après "Voyages avec ma tante" qui se voulait emprunt d'une certaine causticité, "Le fond du problème" est un roman en quelque sorte plus sérieux, moîte et porteur de thèmes douloureux.
Scobie vit dans un comptoir britannique, moite de chaleur, de la Sierra Leone, dans l'Afrique profonde. Cernés pas les moustiques, la pluie, la corruption, la lenteur du pays, le policier et sa femme s'enlisent dans une vie morne et triste. Depuis la mort de leur fille, Louise et Scobie s'éloignent l'un de l'autre, et le mari s'en veut de ne pouvoir rendre la joie à sa femme. Jusqu'au jour où il accepte, en empruntant à un mafieux sirien, qu'elle parte rejoindre des amis en Afrique du Sud. Seul, il fait bientôt la connaissance d'une jeune femme rescapée d'un naufrage. Extrêmement pieux, le voilà déchiré entre la raison et la passion.
L'atmosphère qui émane de la plume de Graham Greene est suffocante. Entre le chaleur oppressante du pays, et celle de ce malaise constant qui enserre le personnage principal, pétrit de scrupules et de bons sentiments, le lecteur est un peu mal à l'aise durant cette lecture. La différence de ton d'avec le roman précèdent est prenante et démontre, s'il était nécessaire, l"adresse de l'écrivain.
Scobie est écrasé par ses sentiments, majoritairement bons. Son amour pour sa femme, puis son impuissance et sa douleur à la satisfaire et à remplir son rôle de mari en accédant à son désir de quitter ce port de la Sierra Leone, afin qu'elle puisse sortir du cercle vicieux de ses pensées. Ensuite, il y a Hélène, dont Scobie, tombe rapidement amoureux. Son coeur balance alors entre son devoir vis à vis de Louise, et indirectement de Dieu, et sa passion pour cette jeune femme qui lui redonne un nouveau souffle et un nouvel intérêt pour la vie.
Graham Greene traite de thématiques qui poussent le lecteur à la réflexion, comme le deuil, la dignité, l'adultère, la foi, etc. Son dialogue intérieur avec Dieu est quasiment prédominant. Cette attitude ambiguë envers le catholicisme reflète ce que l'auteur ressent, et sa quête vers la compréhension.





Cette lecture est une plongée jusqu'au fond du problème, à savoir le débat qu'entretient la conscience humaine avec elle-même entre envie et remords. Graham Greene dépeint une situation où les personnages sont comme des mouches engluées dans des situations inextricables et désespérantes. Un certain malaise, ou pitié se dégage inexorablement de ce récit, mais une plume excellente.
Je remercie les Éditions Robert Laffont de leur confiance.



