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BUZZATI Dino - « Un amour »

384 pages.

Éditions Robert Laffont (2021).

« « Dans un style haletant, Dino Buzzati évoque avec une rare maestria les derniers feux d’une folle passion. »Delphine Peras, L’Express. En 1963, plus de vingt ans après la parution de son chef-d’œuvre Le Désert des Tartares, paraît ce qui restera comme le dernier roman, probablement autobiographique, de Dino Buzzati : Un amour, ou le récit de l’intrusion de la passion, c’est-à-dire du désordre, dans la vie d’un honorable architecte milanais d’une cinquantaine d’années. Le jour où Laïde, jeune prostituée, danseuse et fieffée menteuse, entre dans la vie d’Antonio Dorigo, commence pour lui une descente en enfer. Comme il s’offre aux coups de son bourreau, il nous est livré à nu : pitoyable et tragique, criant, pleurant, s’agitant, possédé d’une folie dans laquelle il se vautre avec désespoir et délices. »

 

INCIPIT - « Un mois de février 1960, à Milan, l'architecte Antonio Dorigo, quarante-neuf ans, téléphona à Mme Ermelina. »

 

Comme beaucoup, j'ai découvert Dino Buzzati en cours avec le roman « Le K ». Cette lecture est ancienne et me revient par bribe, mais elle ne me préparait absolument pas à la lecture de « Un amour », qui dans un autre registre est tout à fait percutant de justesse, de malheur et d'addiction. Car « un amour » , c'est plus que de l'amour, c'est de la dépendance maladive dans le cas présent.

Par une journée comme une autre, Antonio Dorigo téléphone à Mme Ermelina, pour prendre rendez-vous avec l'une de ses filles. Rien que de très banal. Pourtant la rencontre ne va pas l'être du tout puisque ce monsieur Dorigo, à l'aube de la cinquantaine va tombé éperdument amoureux de cette jeune femme, cette fillette de la populace. Le pauvre Dorigo n'est qu'au début de sa souffrance semble-t-il.

La relation est tellement déséquilibrée. Tout les oppose, tant par l'âge que par la condition sociale, ou encore la manière d'appréhender la vie. Pourtant au début, Laïde - car c'est son nom - ne lui a pas fait forte impression, bien au contraire. Elle n'est pas spécialement jolie, elle n'est pas particulièrement douée, elle est très jeune. Et pourtant, insidieusement, elle lui entre dans le coeur par tous les pores de la peau.

Cette descente aux enfers, car s'en est une, va ravager le coeur et la vie d'Antonio Dorigo comme une tractopelle traversant un champ de fleurs. La jalousie, l'incertitude, en un mot la passion dévorante va dirigé son coeur envers et contre tout. Cet amour est comme une véritable maladie, elle va terrasser Antonio et le laisser pantelant au bord de la route. 

En parallèle Laïde est totalement indifférente à la souffrance de Dorigo, la méchante s'en amuse et le manipule de bon coeur. Innocemment ou consciemment, elle n'hésite pas à le faire souffrir et à attiser sa jalousie. Dans l'ensemble, c'est une relation assez désespérante. Dorigo est trop gentil, trop morne, alors que le lecteur n'a envie que d'une chose, le secouer, le venger de cette jeune péronnelle insouciante et cruelle. C'est une passion dévorante et vouée au malheur. 

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Je remercie les Éditions Robert Laffont de leur confiance. Cette histoire est totalement déprimante. Le déséquilibre flagrant entre les deux protagonistes, cette relation faite de souffrance et de désespoir, ne montre la passion que sous un jour assez désespérant. Dino Buzzati traite son sujet jusqu'à sa substentifique moelle, le dépouille de tout sentiment. L'auteur maitrise parfaitement cette relation destructrice. En espérant que ce n'est pas autobiographique. ^^ Une belle découverte. 

                         

EXCIPIT - « Mais la ville dormait, les rues étaient désertes, et personne, pas même lui, ne lèvera les yeux pour la regarder. »

 

 

Robert Laffont

 

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