2 - Septembre (24)

SIMON François - "L'esprit des vents"

264 pages.

Editions Plon (2019).

«Japon, 1945. Le souffle d'une amitié incandescente. « Tateru apprend les vents. Sur une île, rien n'est plus important. Le vent, c'est un peu la majuscule de l'air. Elle lui donne un sens, une direction, le brasse, l'embrasse. Il affole les oreilles, domine la tâte. le vent, c'est son frère. L'île, sa soeur. Il les protège, calme la mer, nettoie les cieux. Il les tient par les épaules. » Au printemps 1945, contraints à prendre la route de l'exode, le jeune Tateru, sa famille et son meilleur ami Ryu quittent la ville chinoise de Qingdao. La colonie japonaise doit fuir. Cela signe pour eux le retour dans un Japon dévasté, empreint d'illusions perdues. Au coeur d'un Tokyo inflammable et déstabilisé par la présence américaine, les destins se chevauchent. Tateru n'est que vibrations, Ryu tout en observation, dans cette ville repeuplée, éruptive, assassine. L'Esprit des vents est une ode à l'amitié dans un pays traumatisé mais renaissant.»
INCIPIT: "Tateru est né ici, un beau jour d'été 1938"

6 - Bon moment de lecture

 

Découverte de la plume ciselée de François Simon, qui a, en plus d'être critique gastronomique commence à avoir une palette assez diversifiée quant à l'écriture. Il a déjà collaboré avec plusieurs journaux et revues. Seconde découverte, la période historique évoquée dans "L'esprit des vents".  Elle m'a irrésistiblement fait penser au roman d'Oswald Wynd "Une odeur de gingembre". 

A la fin de la seconde guerre mondiale, les japonnais vivant à Qingdao, petite ville chinoise; sont renvoyé au Japon; le déshonneur pesant sur leurs épaules. Tateru et sa famille font partis des migrants. A cette époque, le Japon est un pays dévasté après sa défaite. Tateru et son ami de toujours Ryu vont réapprendre à vivre dans un Tokyo à fleur de peau, entre crime organisé et reconstruction, et passer en un instant d'adolescents insouciants, à des adultes qui se battent pour leur avenir, au gré des vents. 

La plume de François Simon est soignée, chaque mot est choisi avec soin et point trop n'en faut, même si le début laisse un peu à désirer. L'auteur, qui colle en cela au côté très réservé des japonnais; se penche davantage sur les événements découlant de cette seconde guerre mondiale, que sur les émotions et autres sentiments de ses personnages. Il faut dire que c'est un véritable tsunami qui ravage le Japon en cette période d'après-guerre, et la présence américaine au pays du soleil levant n'arrange vraiment rien. Rien que Qingdao, la colonie que quittent Tateru et sa famille a un lourd passif historique.

Mais la poésie qui émane de ce texte parle pour eux, Tateru et Ryu, qui vont vivre des événements personnels très durs et pourtant ces jeunes gens vont persévérés, chacun de leur côté pour tenter de suivre leur voie. La passion de Tateru pour les vents est très originale et apporte une dimension sensorielle plus qu'intéressante au lecteur dans ce récit. Par contre, les personnages secondaires manquent cruellement d'épaisseur. 

L'aspect historique est dense et rapporté avec sobriété et sans emphase. La surenchère n'est pas de mise avec Mr Simon, même s'il y aurait de quoi entre la dévastation du pays aussi bien économique que physique, la bombe atomique d'Hiroshima, les kamikazes, la notion d'honneur et l'ombre planante du hara-kiri... C'est dense, et même si le rythme du récit retombe à un moment, c'est pour mieux repartir d'une traite jusqu'à la dernière page. 

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Un roman qui est une lecture historique plus qu'intéressante, et qui replonge le lecteur dans une période très sombre du Japon. Au coeur de cette société malmenée, deux adultes en devenir vont tenté de survivre malgré tout. Et ce n'est pas gagné d'avance. Porté par une plume un peu hésitante au début, le récit s'affermit et François Simon plonge alors son lecteur dans une histoire poignante et bien menée. Qui verra peut-être une suite, qui sait?

Je remercie les Éditions Plon de leur confiance.

Plon

 

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