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GUIRAO Patrice - "Le bûcher de Moorea"

400 pages.

Éditions Robert Laffont - Collection La bête noire (2019).

«Derrière chaque paradis, il y a un enfer. Bienvenue en Polynésie! Dans la région de Moorea, les eaux calmes et bleues bercent quelques voiliers tranquilles. Les palmes des cocotiers dansent au vent. Les boutons de tiaré exhalent leur subtil parfum. pourtant, à l'abri de la forêt, de hautes flammes se fraient un chemin vers le ciel. Lilith Tereia, jeune photographe, tourne son appareil vers le brasier. Devant son objectif, des bras, des jambes, des troncs se consument. Et, au sommet du bûcher, quatre têtes. Pour quels dieux peut-on faire aujourd'hui de tels sacrifices ? Avec Maema, journaliste à la Dépêche, le quotidien de Tahiti, Lilith est happée dans le tourbillon de l'enquête. Les deux vahinés découvriront bientôt le mal, la folie, et croiseront le chemin d'un homme venu de France chercher une autre vie à Tahiti. Un homme qui tutoie la mort.»    
INCIPIT: "Le ciel commençait à peine à regrouper ses étoiles." 

4 - Passable

Avec cette magnifique couverture, le lecteur ne peut qu'être séduit par cette immersion en Polynésie - îles paradisiaques s'il en est - croisée avec un enquête pour le moins palpitante, au côté de deux jeunes femmes déterminées. Et pourtant...

Moorea, une île du vent, est un joli coin de paradis, dont le ciel bleu azur est bientôt noircit par les fumées s'échappant d'un bûcher funéraire. En son sommet sont plantées quatre têtes, et au milieu des flammes, des membres se consument lentement, laissant une odeur bien particulière s'échapper. La photographe, Lilith Tereia ne va pas pouvoir réfréner sa curiosité quant à l'identité des victimes sacrifiées. S'associant à la journaliste Maema, les deux jeunes femmes vont tenter de savoir ce qu'il s'est passé.

Patrice Guirao défend les couleurs du Pacifique en expliquant la raison pour laquelle il qualifie son roman - et ceux qui vont suivre - de polar "noir azur", c'est-à-dire "qu'il ne suffit donc pas que le roman noir s'inscrive dans un cadre insulaire tropical pour qu'il devienne "noir azur". Il faut qu'il s'imprègne de l'essence de la vie et des pulsations des forces naturelles en présence dans cette partie du monde. On doit y entendre les bruits de l'océan et les silences de lagons, y voir les couleurs qui chatoient et l'immensité des petites choses, la fragilité et la tendresse, comme la puissance et la violence contenues." C'est joliment dit. 

D'ailleurs, la plume de l'auteur se veut poétique, bercée par les vents soufflant dans la chevelure verte des palmiers. C'est original et très apaisant, même si c'est un peu maladroit par moment, il se sert de cette essence pour trancher entre les beautés des paysages et la sauvagerie de ces actes inhumains, qui font de ce roman un polar. Patrice Guirao contrebalance la noirceur de cette histoire par un ton bonhomme. 

C'est un plaisir pour le lecteur de découvrir le quotidien en Polynésie, à travers cette culture et ces traditions toujours autant ancrées dans la vie de tous les jours. D'ailleurs un glossaire est présent en fin d'ouvrage, pour apporter quelques précisions linguistiques captivantes, même si elles ne sont pas absolument nécessaires pour comprendre l'essentiel de ce qui est dit. C'est une discrète attention pour le lecteur, et cela permet de véhiculer davantage d'authenticité à travers le texte en utilisant le langage courant des îles sous le vent. 

L'intrigue est intéressante, mais reste un peu secondaire. Le rythme de l'histoire ne laisse pas au lecteur le temps de s'ennuyer, mais l'enquête aurait pu prendre plus d'ampleur. L'auteur se penche plus sur les faits et gestes - et surtout sur les monologues (??) - de Nael. Par contre, il laisse à chacun le choix quant à la rencontre déconcertante du tueur en série avec Gaspard: dimension fantastique, internement. Chacun ressentira ça comme il le désire. Cela apporte néanmoins une touche assez déconcertante au récit. 

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Cette première enquête est une totale découverte de la plume de Patrice Guirao. La plongée dans les lagons polynésiens est captivante, par contre l'enquête et tout ce qui tourne autour auraient eu le mérite d'être davantage développer. Il faut s'adapter à ce nouvel univers. Il est intéressant de noter que "Le bûcher de Moorea" a reçu le prix Bête noire des libraires 2019. Je reste néanmoins curieuse de découvrir la suite des aventures de Lilith dans "Les disparus de Pukatapu".
Je remercie chaleureusement les Éditions Robert Laffont et surtout toute l'équipe de la Collection La bête noire de leur confiance.

 

La bête noire

 

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