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DALCHER Christina - "Vox".

432 pages.

Éditions NiL (2019).

« Jean McClellan est docteure en neurosciences. Elle a passé sa vie dans un laboratoire de recherches, loin des mouvements protestataires qui ont enflammé son pays. Mais, désormais, même si elle le voulait, impossible de s’exprimer : comme toutes les femmes, elle est condamnée à un silence forcé, limitée à un quota de 100 mots par jour. En effet, le nouveau gouvernement en place, constitué d’un groupe fondamentaliste, a décidé d’abattre la figure de la femme moderne. Pourtant, quand le frère du Président fait une attaque, Jean est appelée à la rescousse. La récompense ? La possibilité de s’affranchir – et sa fille avec elle – de son quota de mots. Mais ce qu’elle va découvrir alors qu’elle recouvre la parole pourrait bien la laisser définitivement sans voix… Christina Dalcher nous offre avec Vox un roman dystopique glaçant qui rend hommage au pouvoir des mots et du langage.»

INCIPIT: "Si on m'avait dit qu'en une semaine, j'allais faire tomber le Président, le Mouvement Pur, et ce petit merdeux incompétent de Margan Le Bron, je n'y aurais pas cru." 

6 - Bon moment de lecture

Ayant eu un vrai coup de coeur pour "La servante écarlate" de Margaret Atwood l'année dernière, c'est avec une grande curiosité que j'ai lu "Vox", une dystopie - j'adore les dystopies - antiféministe dont le postulat de départ est plus qu'intéressant, mais tremblant tout de même à l'idée que ce roman ne soit qu'une pâle copie de celui de l'autrice canadienne. 

Jean McClellan est une brillante neuroscientifique lorsque le révérend Carl Corbin prend la direction du pays. Fondamentaliste chrétien, il souhaite remettre le pays en ordre. Les résistants sont envoyés dans des camps de travaux forcés muselés, par des compteurs de mots. Les femmes sont également dotées de compteurs de mots, elles ne peuvent dépasser 100 mots par jour sous peine de recevoir une décharge électrique très puissante. Jean, comme toutes les autres femmes, n'a plus le droit d'exercer son métier, et se retrouve cantonnée dans sa cuisine. Jusqu'au jour où le révérend vient lui demander un service en échange de sa libération pour elle, et sa fille Sonia...

La narration de "Vox" est intérieure. Le lecteur entre dans l'esprit de Jean Mc Clellan, condamnée à ne pouvoir prononcer qu'une centaine de mots par jour, en est quasiment réduite au mutisme, et bien loin de pouvoir exprimer ses pensées. C'est une manoeuvre intelligente de la part de Christina Dalcher, car ainsi elle peut partager son opinion implicitement avec le lecteur. 

Cette dystopie totalitaire plonge le lecteur dans un monde rigoriste et moyenâgeux effrayant. Limite inquisition. L'histoire fait des retours dans le passé pour expliquer comment cette dictature c'est mise en place rendant les femmes soumises et écrasant les hommes sous le travail. Christina Dalcher, à travers ce récit, aborde des thématiques fortes comme le sexisme et la misogynie, la liberté, la puissance de la parole mais aussi les effets désastreux du laisser-faire et de la passivité, entre autres propos intelligents. 

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Même si le roman pâtit d'un dénouement un peu simple et quelques facilités dans le récit, cette dystopie - je vous ai dit que j'adorais les dystopies? - est totalement prenante, et le lecteur pénètre dans ce monde oppressant de sujétion. Même si ce roman n'égale pas "La servante écarlate", il fait néanmoins réfléchir et voir sa vie - facilité dans de nombreux domaines - d'un autre oeil. 

Je remercie les Éditions NiL de leur confiance.

              

Nil

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