Tolstoii

TOLSTOÏ Léon - "La guerre et la paix".

1243 pages.

Éditions Points (2010).

« 1805 à Moscou, en ces temps de paix fragile, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov constituent les personnages principaux d'une chronique familiale. Une fresque sociale où l'aristocratie, de Moscou à Saint-Pétersbourg, entre grandeur et misérabilisme, se prend au jeu de l'ambition sociale, des mesquineries, des premiers émois. 1812, la guerre éclate et peu à peu les personnages imaginaires évoluent au sein même des événements historiques. Le conte social, dépassant les ressorts de l'intrigue psychologique, prend une dimension d'épopée historique et se change en récit d'une époque. La "Guerre" selon Tolstoï, c'est celle menée contre Napoléon par l'armée d'Alexandre, c'est la bataille d'Austerlitz, l'invasion de la Russie, l'incendie de Moscou, puis la retraite des armées napoléoniennes. Entre les deux romans de sa fresque, le portrait d'une classe sociale et le récit historique, Tolstoï tend une passerelle, livrant une réflexion philosophique sur le décalage de la volonté humaine aliénée à l'inéluctable marche de l'Histoire ou lorsque le destin façonne les hommes malgré eux.»

INCIPIT: "Eh bien, prince, Gênes et Lucques ne sont plus que des apanages, des propriétés de la famille Bonaparte." 

6 - Bon moment de lecture

 

Étant une fan de littérature classique, j'ai eu ma période russe au lycée avec "Anna Karénine" notamment - que j'aimerai beaucoup relire et chroniqué d'ailleurs, mais au grand jamais je n'avais lu "La guerre et la paix", et je fus rappelée à l'ordre lors d'une discussion en fin d'année dernière. Cela tombait fort bien, car le pavé, car s'en est un, avait intégrer ma PAL quelques mois avant: espoir de lecture estivale. 

Ce roman fleuve, cette saga historique est difficilement résumable en quelques lignes. Lev Tolstoï confronte deux périodes, 1805 où la société russe jouit encore d'une certaine paix, quoique précaire; et 1812 où la guerre éclate et le grand stratège de guerre, Napoléon Bonaparte investit le pays. Le lecteur y suit les événements qui chamboulent -ou pas - le rythme des plus grandes familles russes telles que les Bésoukhov, les Bolkonsky, les Kouraguine, les Rostov, les Droubetskoï et bien d'autres encore. 

Pierre Besoukhov est l'héritier bâtard d'une des plus grandes familles russes, esprit vif et double de Léon Tolstoï, il ne sait pas trop ou est sa place, et se laisse porter par les décisions des autres et la bienséance russe. Il obéit un peu à contre-coeur aux décisions que l'on attend qu'il prenne. Andréï Bolkonsky - second double de Tolstoï -est le fils aîné d'une vieillard dur et qui pourrait semblé sans coeur. Il ne pense qu'à une chose s'engager pour faire face aux français et à Napoléon. Le portrait de femme qui semble le plus intéressant, même s'il retombe un peu comme un soufflé, est celui de la belle Natacha Rostova. Jeune et impétueuse, elle est libre comme l'air jusqu'au jour où les convenances et le manque d'argent lui provoque la maladie d'amour. Voilà la jeune fille transfigurée du tout au tout. Il y a bien d'autres personnages, bien au-delà d'une centaine. Le lecteur en aimera certains plus que d'autres, puis au fil des pages et des années, les choses vont évoluer et les sentiments également. 

La guerre a une grande place, et si l'on est autant intéressé par les déplacements des troupes et les stratégies militaires que par un match de foot, certains passages risques de sembler un peu longs, heureusement que les personnages sont là, de même que Wikipédia pour comprendre un peu ces passages armés. L'immersion dans la vie militaire et le contraste avec la brillante société russe est assez marquant, mais c'est tout à fait fascinant. 

En plus d'être une photographie de la haute société russe de cette époque, un roman historique et militaire, cette fresque est aussi un essai à travers lequel, l'auteur fait passé les idées qu'il a sur la vie. Comme par exemple qu'une décision individuelle n'a aucun impact sur un événement historique, qui est en quelques sortes préprogrammé comme il doit se passer. Cette vision est un peu réductrice, et ne tient aucun compte de l'effet papillon par exemple... Mais bon, les mentalités changent avec le temps, il faut juste du temps. 

Un point par contre qui peu interpeller - voire plus - le lecteur est la façon dont l'auteur conclut son roman, l'oeuvre d'une vie dirait certains, par des propos plus que discutables, concernant le fait qu'il aime être né dans l'artisocratie, et méprise - on peut dire ça comme ça - les autres couches de la société, qui en quelques sortes n'ont que ce qu'elles méritent. 

 

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Ce roman culte est un récit foisonnant de personnages, couvrant une période historique intéressante et contrastée. Léon Tolstoï a produit un travail colossal autour de cette oeuvre incontournable de la littérature russe. On ressort de cette lecture un peu groggy de quitter cette époque et ces personnages, qui nous ont tenu compagnie pendant de belles heures (jours devrais-je dire) de lecture. Une plume soignée qui immerge le lecteur dans un monde désuet mais dans lequel l'auteur expose ses idées sur des valeurs essentielles comme la liberté... Une expérience litéraire à faire au moins une fois dans sa vie de lecteur. 

 

 

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