Murakami

MURAKAMI Haruki - "Birthday girl"

64 pages.

Éditions 10/18 (2018).

«Je ne vais pas vous offrir quelque chose de matériel. Mon cadeau n'aura rien à voir avec un objet de valeur. En fait, voilà ce que j'aimerais offrir à la merveilleuse fée que vous êtes, mademoiselle. Vous allez faire un vœu. Et je l'exaucerai. Quel qu'il soit. À condition que vous ayez un vœu à formuler. Japon, de nos jours. Quoi qu'on puisse souhaiter, aussi loin que l'on puisse aller, on reste ce qu'on est, voilà tout. La serveuse n'aurait même pas dû travailler ce soir-là. C'était son anniversaire, elle avait vingt ans, il pleuvait à verse, le directeur du restaurant était malade. Alors c'est elle, cette serveuse qui entrait dans ses vingt ans, qui était allée porter son repas au propriétaire du restaurant. Un vieil homme solitaire que personne n'a jamais vu. Un vieil homme qui, le jour de ses vingt ans, lui avait proposé de faire un vœu...»    
INCIPIT: "Le jour de ses vingt ans, elle effectuait son travail de serveuse, comme les autres jours." 

6 - Bon moment de lecture

Découvert au travers du roman "Kafka sur le rivage" depuis "1Q84", Haruki Murakami est l'un des auteurs fétiches de Just One More Page.  Plusieurs de ses romans sont en attente de lecture dans ma PAL. "Birthday girl" fait suite à la lecture du livre "Les attaques de la boulangerie".  J'avais acheté les deux romans ensemble, ainsi qu'un troisième que je chroniquerai très bientôt. Ils sont superbement illustrés par Kat Menschik. Elle a également collaboré avec l'auteur sur "Sommeil". 

La narratrice est serveuse dans un restaurant quand elle n'est pas étudiante. Tout les soirs à une heure bien précise et selon un protocole minuté, le directeur apportait dans sa chambre, son repas au propriétaire des lieux. Hors le soir des vingt ans de la serveuse, au lieu de faire la fête, la jeune femme se retrouve à remplacer sa collègue malade. Peu de temps avant l'heure fatidique du repas à apporter, le directeur fait un malaise, dans un dernier sursaut, il demande à la jeune femme de remplir cette mission pour lui.

"Birthday girl" est à l'origine une nouvelle du recueil "Saules aveugles, femme endormie", qui compte 23 nouvelles. Celle-ci s'intitule "Le jour de ses vingt ans". Comme toujours avec Haruki Murakami, l'histoire semble tout à fait ordinaire, aux premiers abords. Mais très rapidement une atmosphère particulière, comme une brume légère commence à s'immiscer un peu partout, et soudain, le lecteur se retrouve de l'autre côté d'une porte dans une situation totalement onirique et fascinante. Même un peu mal à l'aise parfois. Et la magie a alors opéré. Ou pas. 

L'art de la nouvelle est un peu un test pour un écrivain, il doit être succinct, et en même temps faire passer un minimum d'explications et d'émotions pour que le lecteur plonge dans son récit. Haruki Murakami maîtrise parfaitement ce genre, et même peut-être trop bien d'ailleurs, car à la fin de cette histoire, le lecteur ressent une immense frustration de ne pas avoir la réponse à la question.

A partir de cette ligne, ceux qui n'ont pas lu ce roman ne comprendront absolument rien à ce que je dis, et c'est tant mieux car cela voudra dire que je n'ai rien spoiler et qu'ils auront peut-être envie d'aller découvrir ce livre. Les autres pourront me faire part de leur frustration ou de leur façon d'interpréter les choses en commentaire. La suggestivité de ce dénouement laisse supposer un autre niveau de lecture, et un choix simple de sa part, mais évident. L'auteur laisse la porte ouverte aux suppositions, supputations et aux imaginations galopantes, avec cette fin ouverte. 

 

 étoileétoileétoileétoileétoileétoile

Encore une fois, le maître a frappé. Il a réussi à attirer le lecteur dans un monde, au premier abord tout à fait ordinaire et commun, pour l'entraîner ensuite dans une dimension onirique parfaitement mis en valeur par les illustrations de Kat Menschik. le lecteur a passé le pas de la porte de cet univers étrange - l'esprit d'Haruki Murakami - sans s'en rendre compte, mais maintenant il y est et c'est fascinant. Et frustrant aussi, de se faire claquer la porte au nez! 

 

Signature