7 - septembre

YUKNAVITCH Lidia - "Le roman de Jeanne".

336 pages.

Editions Denoël (2018).

«Anéantie par les excès de l'humanité et des guerres interminables, la Terre n'est plus que cendres et désolation. Seuls les plus riches survivent, forcés de s'adapter à des conditions apocalyptiques. Leurs corps se sont transformés, albinos, stériles, les survivants se voient désormais contraints de mourir le jour de leurs cinquante ans. Tous vivent dans la peur, sous le joug du sanguinaire Jean de Men. Christine Pizan a quarante-neuf ans. La date fatidique approche . Rebelle, artiste, elle adule le souvenir d'une héroïne, Jeanne, prétendument morte sur le bûcher. Jeanne serait la dernière à avoir osé s'opposer au tyran. En bravant les interdits et en racontant l'histoire de Jeanne, Christine parviendra-t-elle à faire sonner l'heure de la rébellion ?»
INCIPIT: "Des centaines de milliers d'années avant que l'astéroïde Chicxulub ne vienne rayer les dinosaures de la surface du globe, une période d'éruptions a commencé dans le Deccan, une région du sous-continent indien."

     

6 - Bon moment de lecture

La rentrée littéraire est un moment excitant pour tout lecteur curieux qui se respecte. Beaucoup de romans de grosses maisons d'éditions sont mis en avant, ou ceux d'auteurs reconnus. On voit défilé sur la toile des conseils de toutes sortes pour tous types de romans. La couverture est le premier contact visuel que l'on peut avoir avec un roman, et le coeur balance déjà vers l'un ou l'autre des deux hémisphères de "l'amour". Celle de Jeanne est juste percutante. Elle met en valeur le récit qui va suivre ainsi qu'un certain côté excentrique et m'as-tu-vu similaires aux griphes.

Dans le CIEL, station spatiale où sont réfugiés les derniers terriens, sous le règne de Jean de Men. Christine Pizan une gripheuse rebelle et artiste, survit au milieu des autres, en compagnie de son amour de jeunesse Trinculo, un homme obsédé par le sexe, exhibitionniste et provocateur. Ayant compris l'inexorabilité de son existence et par la même de celle de tous ses congénères, elle est polarisée sur l'histoire de Jeanne, une résistante au don très particulier, qui a osé affronter le pouvoir fasciste en place.

Le monde post-apocalyptique que présente Lidia Yuknavitch au lecteur est un univers de désolation. La terre après avoir subit tous les affronts possibles par l'Homme, a fini par être ravagée par des géocataclysme. L'être humain, ou du moins ce qu'il en reste n'est plus que l'ombre physique de lui-même. Obnubilé par son pouvoir, Jean de Men a conduit les derniers humains argentés dans un habitat spatial, d'où il continue à puisé les ultimes réserves terrestres avant la fin.

La vision que propose l'auteure de l'Homme est, que malgré son incommensurable intelligence, il n'est plus rien. C'est devenu un être pitoyable, mais qui se croit encore supérieur. Épuisant les ressources jusqu'à la dernière goutte, il n'est plus que médiocre. La Terre, malgré sa dévastation, est quant à elle un élément toujours plus étonnant, jusqu'aux minuscules insectes souterrains qui sont un émerveillement à eux seuls. 

Dans son roman, Lidia Yuknavitch développe deux héroïnes dont les pas sont un mimétisme de ceux de Jeanne D'Arc et Christine de Pizan. La Jeanne du roman entend des voix, est une guerrière aguerrie. Sa particularité est qu'elle n'entend pas des voix divines, mais celle de mère nature, dont elle est la porte-parole, la représentante, la défenderesse. L'artiste Christine, n'a pas non plus emprunté son nom à n'importe qui. La véritable Christine était une femme du Moyen-Âge, très érudite et considérée comme la toute première femme écrivaine.  

Dans sa défense de la Terre, et son envie de faire passer un message percutant, l'auteure pousse le totalitarisme de Jean de Men beaucoup trop loin. Le roman en lui-même est passionnant et intelligent, mais la cruauté et la violence de certains passages, où l'homme - et même l'enfant n'est qu'un morceau de viande - sont par trop excessifs. L'écrit choque, alors que ces mêmes auraient parfaitement été comprises par le lecteur en sous-entendant les choses. Ce n'est pas de la pudibonderie, ni un appel au monde des bisounours, mais il n'est pas nécessaire d'être violent pour faire passer un message clair et limpide. 

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Le roman de Jeanne a un beau potentiel, un postulat intéressant et une intelligence dans la structure du récit qui rendent cette lecture percutante, et fait passé un message fort en faveur du respect de la Terre et de l'écologie. L'Homme est un loup pour l'Homme car par profit, il est capable d'anénatir son habitat et de s'auto-détruire. Par contre un texte moins violent aurait été plus accrocheur. 

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance.

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