Dabos

DABOS Christelle  - "Les fiancés de l'hiver".

593 pages.

Éditions Albin Michel (2016).

« Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'Arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. À quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel.»

INCIPIT: "Au commencement, nous étions un." 

6 - Bon moment de lecture

Christelle Dabos est la première lauréat du concours du premier roman jeunesse pour lequel se sont associés les Éditions Gallimard, RTL et Télérama. L'auteure, admiratrice absolue d'Hayao Miyazaki et influencée par J. K. Rowling & Philip Pullman;  plonge le lecteur dans un univers fascinant et très travaillé. 

Ophélie vit sur Anima, une arche pour les habitants ont une influence sur les objets. Sous une allure totalement effacée et un brin renfermée, la jeune fille possède des pouvoirs plus que singuliers, comme traverser les miroirs ou lire l'histoire d'un objet en le touchant. Contente de sa situation, elle passe ses jours dans le musée où elle officie, jusqu'à ce qu'elle apprenne qu'elle a été fiancée au puissant Thorn, du clan des Dragons, qui vit sur une arche du Pôle où l'illusion est à chaque coin de rues, dans la Citacielle. 

Le monde des arches que met en place l'auteure est captivant, même s'il aurait été intéressant de découvrir davantage Anima, que l'on quitte trop vite. Christelle Dabos entraîne le lecteur à la suite de la jeune et timide héroïne vers un lieu où tout n'est qu'apparence et faire valoir, afin d'obtenir les faveurs de l'Esprit de l'arche, Farouk. Par certains aspects, on a l'impression de se retrouver à Versailles dans la cour du roi Soleil, avec toutes ces intrigues et ses manigances, les favorites et les courtisans, qui tous se jalousent et tremblent de perdre leur aura. Ophélie, accompagnée de sa tante est bien loin de cet état d'esprit, mais en tant que future femme de Thorn, elle doit faire très attention à ses actes. 

En parlant de ce dernier, c'est un iceberg, un chasseur, un loup. D'une carrure impressionnante et d'une froideur tout aussi imposante, il semble diamétralement opposé à cette jeune fille frêle, timide et presque invisible.Ces deux personnages sont aux antipodes du stéréotype de héros, ni beau, ni musculeux, ni populaire, le lecteur se demande même comment en étant si normaux, l'auteure va pouvoir tisser un récit aussi conséquent et captivant, mais elle y parvient. Malgré quelques longueurs en cours de lecture  dans le Clairdelune, le domaine de l'ambassadeur - ce manque d'action et toutes ces intrigues et Ophélie cantonnée dans un rôle qui l'empèche d'agir - l'intérêt revient dans la dernière partie du roman que le lecteur ne va plus lâché. 

Les personnages du roman, même les secondaires disposent d'une personnalité complexe et travaillée qui donne une épaisseur supplémentaire à ce monde fragmenté. La plume de l'auteure est vraiment belle. Lors des descriptions de ces lieux oniriques, elle entraîne le lecteur dans sa vision. Le roman - et même la série devrais-je dire - étant classé jeunesse, des cartes ou même des illustrations dignes de celle de la couverture, auraient été les bienvenues. Mais la magie opère quand même sans difficulté aucune. 

étoileétoileétoileétoileétoileétoileétoile

 

Cet univers  captivant entraîne le lecteur à la suite d'une jeune fille qui au premier abord à l'air plus qu'ordinaire et bien loin d'être à la hauteur des événements qui se profilent sur son horizon. On retrouve l'emprunte onirique d'Hayao Miyazaki, parsemé d'un soupçon de Lewis Carol. Dans ce récit original et complexe, c'est avec une grande curiosité que l'on souhaite découvrir la suite des aventures de la passe-miroir.

              

Signature