Price

PRICE Steven - "L'homme aux deux ombres".

784 pages.

Editions Denoël (2017).

« Londres, 1885. Une tête de femme est repêchée dans les eaux sombres de la Tamise. En charge de l’enquête, le grand détective William Pinkerton se lance sur la piste du célèbre Edward Shade, mais ce dernier lui file sans cesse entre les doigts. Pinkerton s’engouffre alors dans les bas-fonds londoniens : réverbères dans la brume, fumeries d’opium, égouts tortueux, séances de spiritisme. Il y découvre un monde d’espions, de maîtres chanteurs, d’adeptes de sectes, de voleurs à la petite semaine et de tueurs sans pitié. Grandiose, profondément évocateur, L’Homme aux deux ombres dresse le portrait saisissant de personnages au bord de l’abîme. Plongé dans un univers de secrets et de faux-semblants, le lecteur découvre l’histoire du lien improbable entre William Pinkerton, détective de légende, et Edward Shade, l’homme le plus mystérieux de la capitale victorienne.»

INCIPIT: "C'était lui l'aîné." 

6 - Bon moment de lecture

Il faut bien avouer qu'en tant que lecteur, on se laisse des fois séduire par un livre d'un regard. Pour un petit détail. Une couverture un peu smoky, une atmosphère victorienne, une enquête londonienne. Un petit quelque chose qui fait que l'on se lasse les yeux -presque fermés - dans la lecture d'un volume de plus de 700 pages sans frémir. C'est le cas avec ce roman, premier écrit - hormis des recueils de poésie - de Steven Price. 

William Pinkerton revient à Londres. Il est fils d'Allan Pinkerton, un détective efficace mais brutal, mort sans avoir réussi a coincé le célèbre voleur Edward Shade. Il va croisé la route d'un gentleman un brin truand, Adam Foole. Ce dernier, après avoir reçu une lettre d'un amour perdu, va découvrir qu'il existe un lien entre elle, Charlotte et ce fantomatique mais mystérieux Shade. Ça parle de brouillard, de becs de gaz, de fumeries d'opium, de crasse et d'ombres, de pauvreté et de mauvaises odeurs. 

Plus qu'une enquête c'est un jeu de portrait, une histoire de personnages. Steven Price esquisse au fil des pages la psychologie complexes de deux hommes aux univers diamétralement opposés, mais au bord du gouffre. Il n'y pas réellement de bon ou de mauvais, c'est plus subtil. Le récit voyage entre les bas-fond de Londres, les diamants de sang d'Afrique noire, la guerre de Sécession américaine, l'Ohio, l'espionnage...

Cette lecture - de plus de 700 pages, rappelons-le - est une histoire qui se déguste, et quelques longueurs se profilent à l'horizon malgré une plume ciselée et prenante. Il ne faut pas être presser et attendre de l'action et des rebondissements à chaque fois que l'on tourne une page. Le lecteur doit s'imprégner de cette atmosphère; du passif et de la personnalité de chacun. Un détail surprenant concerne la ponctuation. Dans un choix délibéré, Steven Price ne ponctue aucun des dialogues, ce qui est déstabilisant quand il s'agit de deviner qui parle.

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Finalement, ce roman dense, et historique est une histoire de fantômes. Les deux personnages principaux, William Pinkerton et Adam Foole cherchent des réponses, afin d'expliquer et comprendre ces relations - l'un avec son père, l'autre avec une femme - essentielles à leur vie mais qui se sont si mal passées en réalité. Une fois installé confortablement dans ce récit d'atmosphère, le lecteur n'a plus qu'à s'en délecter.

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance et leurs choix judicieux.

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