Winnette

WINNETTE Colin - "Coyote".

118 pages

Éditions Denoël (2017).

« Quelque part au coeur de l'Amérique, dans une bicoque isolée au fond des bois. Des parents couchent leur fillette de trois ans, comme tous les soirs. Le lendemain matin, ils trouvent un lit vide. La petite a disparu sans laisser de traces. La mère raconte les jours qui ont suivi : les plateaux télé sur lesquels ils se rendent, avec son mari, pour crier leur désespoir, l'enquête des policiers, puis le silence, l'oubli. Mais la mère dit-elle toute la vérité ? Maniant la plume comme un Poe des temps modernes, Colin Winnette nous laisse entrevoir les divagations d'un esprit détraqué, d'autant plus angoissantes que cette mère est aveugle à sa propre folie. Coyote est un conte sur la noirceur et la folie des hommes, un roman profondément marquant, difficile à lâcher et encore plus à oublier. Un conte noir et cruel, made in America.»

INCIPIT: "La veille du jour où elle a disparu, on avait passé presque toute la soirée sur la galerie." 

6 - Bon moment de lecture

 

Ce très court roman, intimiste et percutant, déroutera le lecteur., qui s'il n'est pas attentif, se perdra facilement dans les pensées nébuleuses de la narratrice, ou dans le manque volontaire de code de la part de l'auteur. L'histoire pourrait être banale, si elle n'est était pas pour autant tragique. Colin Winnette relate l'éffondrement de la vie d'un couple, après la disparition de leur enfant de 3 ans. 

Les chapitres sont courts, de même que les phrases, presque saccadées. L'auteur reste flou sur de nombreuses choses. Il y a très peu de descriptions, on ne connaîtra pas l'identité des parents de la fillette, dont le prénom ne sera cité qu'une seule fois. Le lecteur pourra même être dérouté et se perdre entre les différents espaces dans le roman: intérieur et extérieur de la maison par exemple. Il n'y a pas non plus d'informations chronologique qui puissent permettre de se repérer dans le temps.

D'une plume assurée, et particulière, l'auteur cerne avec aisance dans la psychologie de la narratrice, qui à certains moments, bascule dans la folie de la douleur, de part l'incohérence de ses propos. Le registre langagier familier laisse supposé que cette femme n'est pas une lumière, mais elle conserve une certaine sensibilité à la perte de son enfant. Le père est plus en retrait, plus violent. Cela fait un peu stéréotypé, mais ce couple a une mentalité bas de plafond, qui s'accorde parfaitement avec leur environnement pour le moins poisseux.

Ne parlons pas du dénouement, qui en laissera plus d'un dans l'expectative. L'enquête menée sur la disparition de la fillette s'enlise, et Colin Winnette ne laisse plané aucune certitude quant au destin de l'enfant. C'est glauque. Toute cette lecture, qui en tant que parents nous noue le ventre, pour finalement ne rien savoir. Fait encore plus troublant, aucune empathie ne transparaît pour cette mère éplorée. Rien. C'est perturbant. 

 

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Un court roman - ou une longue nouvelle - a l'atmosphère malsaine, sombre et et à la narration nébuleuse, qui laisse le lecteur entrapercevoir la douleur de parents face à un drame de cette ampleur, sur leurs vies. Mais l'auteur n'apporte pas d'eau à son moulin, et laisse trop d'inexpliqué pour que la satisfaction perce à la lecture du dénouement de ce roman noir.

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance.

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