Clerici

CLERICI Carlotta - "Éloge de la passion".

398 pages

Éditions Denoël (2017).

« A Paris, Mathilde est une musicienne italienne mariée à un directeur d'orchestre avec qui elle a une petite fille. Alors qu'elle semble mener une vie épanouie, la jeune femme s'enlise dans la routine et n'arrive plus à trouver ni plaisir ni élan. En déplacement pour un concert à Côme, elle rencontre Francesco et, sans réfléchir, se livre corps et âme, balayant les repères de sa vie.»

INCIPIT: "Je ne me souviens plus exactement de ce que Pierre m'a dit.

6 - Bon moment de lecture

 

"Éloge de la Passion" est un coup de poing en plein coeur. Carlotta Clerici raconte la passion, la vraie. Ce que l'on nommerait plus exactement le coup de foudre; tellement l'on est sonné par les sentiments que l'on peut ressentir, happé par cet autre qui canalise toute notre énergie, chacune de ses respirations, chacun de ses mouvements... La narratrice semble une coquille vide, guidée uniquement par le sonar de son coeur. 

Le lecteur suit un moment de la vie de Mathilde, victime consentante de cette passion, tellement forte, que tel un tsunami, elle ravage toute sa vie, pour n'être plus que cet homme séduisant, rencontré sur les bords du lac de Côme. Cet électrochoc va la faire tout quitter ce mari qu'elle aime bien mais ne lui paraît fade maintenant. Elle va tenter de garder la tête hors de l'eau, pour son enfant, Alice, qu'elle oublie quand même, pour son métier; qui est censé être plus qu'un gagne pain. Mais non. Elle n'existe qu'à travers ces textos qu'elle attend, inlassablement, et qui la font exister. 

La plume de Carlotta Clerici sonne juste. Les dialogues nombreux, les chapitres sont courts, comme des bouffées d'oxygène, de conscience ou d'opium, avant de replonger dans la léthargie jusqu'au prochain signe de cette passion dévorante. Chacun pourra se reconnaître, même un bref instant, au travers ce portrait de femme, bouleversé et bouleversant; que le lecteur sent, perpétuellement, au bord de la rupture, comme un drogué en manque, prêt à tout et n'importe quoi pour avoir sa dose, jusqu'au point de non retour. 

Le lecteur, selon son ressenti ne pourra - peut-être -  pas s'empêcher de juger cette femme - surtout si c'est un homme  (je sais, je m'expose à des réflexions, mais le genre humain est rarement impartial, surtout lorsqu’il s'agit de sentiments aussi puissant) - , son égoïsme ou son courage, face à cette vie qui lui paraîtra toujours s'étioler si elle laisse passer cette chance de vivre à fond, de vivre cette passion. Mathilde, malgré ses actes, reste honnête, avec elle-même, avec les autres. 

Mais chacun pourra également se dire qu'une passion est comme un feu follet, et explose, riche de mille couleurs, puis diminue, et s'éteint progressivement, jusqu'à disparaître. Le choix de cette femme est-il si judicieux lorsque l'on sait ça? Se remettre en question, est un choix. Quitter sa zone de confort, est un choix. La vie est un choix perpétuel, que l'on peut décider de regarder en spectateur, ou de la ressentir au plus profond de ses tripes, quitte à se brûler les ailes. 

 

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Ce roman aborde un thème fort, la passion, qui est une facette de l'amour; l'essence même de la vie. Le lecteur ne pourra s'empêcher de juger cette femme, ses décisions, ses sentiments, sa vie. C'est en tout cas, et quoi que l'on en pense un livre qui fait réfléchir. 

Je remercie les Éditions Denoël de leur confiance.

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