Slocombe

SLOCOMBE Romain - "L'affaire Léon Sadorski"

480 pages.

Éditions Robert Laffont - Collection La bête noire (2016).

«Le pire des salauds, le meilleur des enquêteurs. Avril 1942. Au sortir d'un hiver rigoureux, Paris prend des airs de fête malgré les tracas de l'Occupation. Pétainiste et antisémite, l'inspecteur Léon Sadorski est un flic modèle doublé d'un mari attentionné. Il fait très correctement son travail à la 3e section des Renseignements généraux, contrôle et arrête les Juifs pour les expédier à Drancy. De temps en temps, il lui arrive de donner un coup de main aux Brigades spéciales, d'intervenir contre les " terroristes ". Mais Sadorski est brusquement arrêté par la Gestapo et transféré à Berlin, où on le jette en prison. Le but des Allemands est d'en faire leur informateur au sein de la préfecture de police... De retour à Paris, il reçoit l'ordre de retrouver son ancienne maîtresse, Thérèse Gerst, mystérieuse agent double que la Gestapo soupçonne d'appartenir à un réseau antinazi.»    
INCIPIT: "Tous les matins, Mme Léon Sadorski, Yvette de son prénom, émerge des brumes du sommeil animée d'une envie immodérée de faire l'amour." 

2 - Passable

Romain Slocombe est loin d'être un auteur débutant avec une vingtaine de romans à son actif. Son précédent roman "Des petites filles modèles" avait attiré mon oeil de lectrice, mais je n'ai pas eu l'occasion de découvrir sa plume à ce moment là. C'est maintenant chose faite. Par contre, je réédite mon avertissement, NE JAMAIS LIRE UNE QUATRIÈME DE COUVERTURE juste avant de commencer la lecture d'un roman!

Cette atmosphère oppressante d'occupation est extrêmement bien retranscrite. L'auteur immerge totalement son lecteur à l'aide d'une foultitude de menus détails décoratifs, vestimentaires, langagiers, etc. C'est impressionnant tant la précision de cette plume est ciselée. C'est le point fort de ce roman immersif.

Néanmoins, ce livre est difficile à lire à cause de son personnage principal, Léon Sardoski. Ce petit homme, tout ce qu'il y a de plus abject, est inspecteur aux Renseignements Généraux français durant l'occupation. C'est un bon petit français pétiniste qui reste dans son rôle jusqu'à la perfection, à la limite de l'homme que tous devraient prendre en modèle. Mais dans notre monde actuel, il a toutes les tares possibles: xénophobe pure souche, il est prétentieux, raciste, misogyne, homophobe, antisémite et j'en passe. Pour faire simple, il déteste tout le monde à part lui.

La vision de cette époque que propose Romain Slocombe est pour le moins originale, à travers les yeux de cet être méprisable qui fait la fierté du gouvernement français de l'époque. Elle donne à voir une violence et un certain opportunisme de chacun, agissements pour la plupart provoqués par cette situation d'occupation du territoire par l'ennemi. 

L'aspect passionnant est le travail consciencieux de récolte d'informations que l'auteur a du fournir pour arriver à dresser avec exactitude, un portrait aussi réaliste que possible de cette sombre époque. Malheureusement cette surenchère du détail bascule par moment dans l'ennui descriptif, et le lecteur perd de vue la trame de ce roman policier au profit de l'aspect historique. 

 

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Il faut savoir que le roman a été pré-sélectionné pour le prix Goncourt,et même s'il n'a pas été retenu, il attire le regard sur son auteur, dont l'un des précédents romans sort du lot "Monsieur le commandant", que je lirai avec plaisir si j'en ai l'occasion. "L'affaire Léon Sardoski" est un roman dense, très particulier - voire déroutant - et il faut lutter pour l'apprécier. Me concernant c'est assez mitigé, mais je suis absolument fan et respectueuse du travail de documentation réalisée par Romain Slocombe.
Je remercie chaleureusement les Éditions Robert Laffont et surtout toute l'équipe de la Collection La bête noire de leur confiance.

 

La bête noire

 

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