Eugénides

EUGENIDES Jeffrey - "Virgin Suicides".

256 pages.

Éditions Points (2010).

« Dans un quartier résidentiel et huppé de Grosse-Pointe (Michigan), cinq soeurs, des adolescentes entre 13 et 17 ans, se suicident en l’espace d’une année. Cécilia, la plus jeune, ouvre le bal. Les autres l’imiteront un an après. Entre-temps, les gamins du voisinage auront vécu et souffert avec elles... à distance. Ce suicide les aura tant marqués qu’une vingtaine d’années plus tard, alors qu’ils frôlent les quarante ans, ceux-ci mèneront une enquête dans l’espoir un peu fou d’éclaircir toute cette affaire. Ce récit en est le résultat, la reconstitution la plus minutieuse et la plus fidèle possible d’une année pour le moins particulière. Tous les témoins, les animés comme les objets les plus dérisoires, sont donc convoqués.»

INCIPIT: "Le matin où ce fut au tour de la dernière des filles Lisbon de se suicider - c'était Mary cette fois-là, et les somnifères, comme Therese-, les deux infirmiers arrivèrent à la maison en sachant exactement où étaient le tiroir des couteaux, et le four à gaz, et la poutre dans la couve où on pouvait attacher une corde."   

06 - Bon moment de lecture

 

Pour mon challenge ABC, il me fallait un auteur dont le nom de famille commence par la lettre E, c'est ainsi que dans les rayons d'une méga-librairie, j'ai croisé le chemin de ce roman. Le film de Sofia Coppola, avec entre autres à l'affiche Kirsten Dunst, Dany de Vito, Kathleen Turner, a eu sa part de succès.

Étrangement, Jeffrey Eugenides a décidé de ne pas utiliser le mystère pour raconter l'histoire tragique des filles Lisbon. Dès les premières lignes, voire dès la quatrième de couverture, le lecteur sait que les cinq soeurs: Cécilia, Therese, Bonnie, Lux et Mary font se suicider. C'est une décision assez étrange - loin d'un lourd suspense angoissant, qui ne correspond absolument pas à l'atmosphère du roman - que de ne pas choisir cette option de donner un petit plus au lecteur, et ainsi de pouvoir avec facilité raviver la flamme du rythme du roman... 

De même, le récit de cette tragédie est narré par un groupe de garçons du voisinage non identifiables, qui ont toujours connus les soeurs Lisbon. Jamais le lecteur ne partage l'intimité de la famille d'une quelconque façon, mis à part lorsqu'un étranger - un galant passager ou un infirmier - s'imisse au coeur de cette maisonnée qui de l'extérieur à pourtant l'air tout à fait normale, mais qui lorsque l'on commence à s'en approcher prend des allures sectaires. 

Jeffrey Eugenides en a trop ou pas assez dit, et le lecteur penche plutôt pour la seconde hypothèse. Pourquoi raconté ce drame en laissant autant de brouillard, d'incompréhension autour de ces évènements. Il ne donne aucun indice franc, à part quelques suppositions émises par le biais du psychiatre qui s'entretiendra sporadiquement avec la fratrie. La place de la femme - aussi bien fille que mère - dans ce roman est assez bancale, même peut-être instable. La mère est le personnage dont on parle le moins mais qui semble en cacher beaucoup, et peut-être même être la clé de tout, pourtant on ne l'aperçoit que très brièvement. 

Le dénouement, attendu, surprend néanmoins le lecteur; et renforce cette interrogation première de savoir pourquoi l'auteur utilise ce petit sursaut de suspense, qui donne un petit coup de fouet au récit languissant, alors qu'il aurait pu en saupoudrer toute l'histoire. Pour toute explication, le lecteur finit, selon sa sensibilité par s'arrêter au simple phénomène de claustration et de ses conséquences sur des adolescentes influençables; soit il pousse un peu plus loin sa réflexion et se demande si tous ces évènements ne sont pas liés à la protection de l'une des soeurs contre elle-même...

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Ce huis-clos à l'atmosphère lourde d'incompréhension et de tragédie, fait réfléchir le lecteur sur des thèmes graves comme le mal-être, le suicide, l'impact de la société sur chacun et son influence parfois néfaste sur les plus jeunes. Le choix narratif de l'auteur ôte à ce récit, qui aurait pu être d'autant plus marquant, tout avantage, car le lecteur est dans l'attente perpétuelle d'évènements qu'il connaît à l'avance, au lieu de les vivre dans l'instant. C'est frustrant! 

 

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