Cagnati

CAGNATI Inès - "Génie la folle".

199 pages.

Éditions Denoël (2016).

« Au milieu des vignes, des fermes et des cuisines sombres, Marie attend sa mère. Quand elle ne l’attend pas, Marie court derrière elle à travers champs et chemins. Sa mère, c’est Génie la folle, cette fille de bonne famille devenue ouvrière agricole qui oppose un silence indéfectible à tout et à tous. Une silhouette mystérieuse et inaccessible que Marie poursuit inlassablement, rêvant de la faire sourire. C’est animée par cet espoir sans faille que la petite fille raconte sa mère. Porté par la voix bouleversante d’une enfant, un récit d’une beauté singulière qui consacre le talent d’Inès Cagnati.»

INCIPIT: "On l'appelait Génie la folle."   

6 - Bon moment de lecture

J'aime beaucoup la collection Empreinte des Éditions Denoël, car souvent je ne connais pas ou peu les auteurs, mais les belles découvertes sont presque toujours assurée. Et c'est encore une fois le cas avec ce court roman, ode véritable à l'amour maternel, et d'une tristesse infinie. Inès Cagnati a reçu le prix des Deux Magots pour ce roman, en 1977.

La narratrice, est une fillette, Marie, dont la naissance a complètement bouleversé la vie de sa mère, Eugénie, dite Génie la folle; qui suite à cet évènement a été bannie par son honorable famille. Cette mère, inaccessible, silencieuse et lointaine bat la campagne de ses bottes, rembourrées de paille pour avoir chaud, a exécuter des tâches harassantes dans toutes les fermes des environs, en échange de quelques légumes, d'anciens vêtements, ou parfois d'une poule vieille et fatiguée. Derrière, à quelques pas, portée par ses petites jambes d'enfant, la fillette suit sa mère aussi vite qu'elle peut, avec la hantise permanente qu'elle l'abandonne au détour d'un chemin.

Chaque semblant d'espoir, chaque évènement positif, au détour duquel le lecteur pense qu'enfin elles vont sortir la tête de l'eau; n'est en fait qu'une infime bouffée d'air avant de replonger encore plus bas dans cette vie de misère et de labeur. Et cette poisse colle aux bottes de l'enfant également. Génie est une femme retirée en elle-même, dont l'amour de la vie a été tué dans l'oeuf par ce drame. Elle est épuisée, toujours à la limite, mais elle tient parce qu'il y a la petite. 

La plume d'Inès Cagnati, emprunte de poésie, dépeint avec réalisme les évènements de la vie à la campagne et dans les fermes, le travail dans les champs, les vendanges, le cochon, la mise bas, la mise à mort des animaux, et j'en passe. Cela ne peut que raviver la lecture cet été du roman de Jean-Baptiste del Amo "Règne animal". L'auteur décrit avec justesse et sans excès de mots la rudesse de la vie paysanne. Les répétitions sont monnaie courante, et le lecteur retrouve régulièrement les mêmes expressions, les mêmes évènements pour rappeler le cycle de la vie et sa monotonie, dont Eugénie n'attend plus rien... à moins que.

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 Le récit poignant et d'une infinie tristesse de l'amour maternel d'une petite fille pour sa mère; et cette vie qui s'acharne à contre elle, comme si Génie la folle devait expié une faute - dont elle n'est que la victime - qui  au regard des gens du village, de sa famille et surtout de sa mère est impardonnable.
CITATIONS: "C'était le petit matin d'un dimanche très gris, très triste".
"Je voulais toujours lui dire que j'étais là, là à attendre, que j'étais si contente, si contente qu'elle soit revenue ce soir encore, que moi je l'aimais. Mais elle avait le visage plein de silence."
"Je n'ai pas remarqué ce jour plus que les autres, sur le moment, parce que rien jamais n'avertit qu'on est en train de vivre un jour particulier, un commencement et une fin, ne même si c'est un commencement heureux parce que certaines choses ont l'air normales ou heureuses et après on voit qu'elles deviennent terribles."
"Je me souviens d'elle et moi aux aubes noires et aux crépuscules sombres."
Je remercie chaleureusement les Éditions Denoël pour cette belle découverte.

denoel

 

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