Bjarnadottir

BJARNADOTTIR Soffia - "J'ai toujours ton coeur avec moi"

141 pages.

Éditions Zulma (2016).

«Phénix excentrique tant de fois ressurgi de ses cendres, Siggy n'est plus. Elle qui n'a jamais été là pour personne a légué à sa fille Hildur son mal étrange et une petite maison jaune sur l'île de Flatey. Une lettre de sa mère pour seul viatique, Hildur s'embarque vers ce point minuscule perdu dans l'océan. Avec pour ange tutélaire l'homme aux yeux vairons. Et une foule de souvenirs sans pareils – les extravagances de Siggy et de son voisin Kafka, les mantras de grand-mère Laretta contre les idées noires, l'appel des phoques sacrés ou les fantômes de la rue Klapparstigur...  Qui tous portent la promesse d'une singulière renaissance. Comme une consolation venue d'ailleurs, J'ai toujours ton cœur avec moi est la belle chronique de ces jours sans boussole – mélancolique, insolite et décalée.»
INCIPIT: "Lorsque Siggy est morte, j'ai eu envie de réclamer ses yeux à l'entrepreneur des pompes funèbres."   

2- lecture décevante

Le titre de ce roman n'est pas anodin, selon moi. C'est le titre d'un poème de Edward Estlin Cummings. Mais étant donné que l'auteur est islandaise, que le poète est américain et que le livre que j'ai lu est une traduction française, je me fais peut-être des films. Je retranscrits néanmoins ici les vers, qui coorespondent parfaitement à l'image que le lecteur peut se faire des sentiments Hildur pour sa mère Siggy.

J’ai toujours ton cœur avec moi
(Je le garde dans mon cœur)
Sans lui jamais je ne suis
(Là ou je vais, tu vas…
Et tout ce que je fais par moi-même est ton fait…)


Je ne crains pas le destin
(Car tu es à jamais le mien)
Je ne veux pas d’autre monde, car
(Tu es mon monde, mon vrai…)
Tu es tout ce que la lune a toujours voulu dire
Et tout ce que le soleil chantera


C’est le secret profond que nul ne connaît
(C’est la racine de la racine
Le bourgeon du bourgeon
Et le ciel du ciel d’un arbre appelé vie
Qui croît plus haut que l’âme ne saurait l’espérer
Ou l’esprit le cacher…)
C’est la merveille qui maintient les étoiles éparses.

Je garde ton cœur
(Je l’ai dans mon cœur).

 

"J'ai toujours ton coeur avec moi" est le roman de Soffia Bjarnadottir, une auteur islandaise. Il est important de le préciser, car pendant les quelques premières pages, dans lesquelles la narratrice explique que sa mère est morte et présente un peu le contexte qui l'environne, j'ai cru avoir affaire à plusieurs personnages: la narratrice Hildur, Théofilius le prêtre, Siggy la défunte et Sigridur. Ne connaissant rien à la langue islandaise, qui par ses origines est très éloignée des racines latines du français, de l'italien, etc; il est donc plus difficile de deviner certaines nuances et notions. Ainsi au bout de deux ou trois chapitres, j'ai compris qu'il y avait un problème et que Siggy était le diminutif de Sigridur - apparemment la syllabe [dur] est féminine. Du coup, j'ai repris ma lecture à zéro. Second essai.  ;)

Le postulat de départ est incontestablement triste. Le lecteur est conscient que cela ne va pas être un roman où il va se tordre de rire. Néanmoins la mort est omniprésente dans le roman. Le portait de cette mère par sa fille, et donc de cette relation mère-fille est assez étrange. Les thèmes de la solitude, du deuil, de la mort, de l'acceptation dans un sens sont forts. Le lecteur comprend rapidement que Siggy n'était pas une personne stable, elle a une tendance bipolaire très forte, voire schizophrène. Au travers de cette sensation troublante, le récit est emprunt de la solitude, du manque d'amour voire de la dépression dont souffre Hildur. Il faut dire que son enfance n'a pas du être facile dans ces conditions. Sa vie semble vide de sens, avec ou sans sa mère. Le malaise est étouffant. 

Les personnages, aussi bien Hildur que Siggy ou même Kafka semblent tous complètement distanciés du monde et des relations avec les gens en général. A certains moments, le lecteur peut même se demander s'il ne serait pas dans un mauvais rêve de la jeune femme, plutôt que dans sa vie. Son rapport avec les insectes; les lombrics et autres araignées est d'ailleurs assez déroutant. Ils ont une tendance plutôt incongrue à apparaître lorsque l'on si attend le moins.  

Le lecteur a la sensation de passer à côté d'informations capitales, de ne pas saisir tout les sous-entendus. Il attend les explications qui lui permettront de comprendre les attitudes et les ressentis d'Hildur. Peut-être en vain. Le dénouement, légère lueur d'espoir, ne lui permet cependant pas de quitter cette sensation d'asphixie. 

 

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Ce récit est plutôt déconcertant. Le lecteur a l'impression d'être comme un alcoolique ou un drogué qui ne se remettrait pas d'un mauvais trip, comme s'il avait une perception erronée de la réalité, comme s'il avait une photo sous les yeux dont la moitié soit manquante et qui l'empêche de comprendre le sens de ce qu'il voit. Ce mal-être perpétuel, sans espoir de rémission laisse un malaise constant qui empêche d'apprécier l'histoire, de comprendre le but de tout ça. 
CITATIONS: "Funeral blues" d'Auden.
"La voix est de la plus haute importance. Elle est le chemin qui mène au chaos".
"Selon elle, c'était précisément ce que l'homme avait de plus naturel qui prenait invariablement le dessus et semait partout le malheur."
"Et puis l'homme est aussi sauvage que la terre qu'il habite."
"Chaque rayon de soleil s'accompagne d'une ombre, ma petite Hildur."
"Et toute source de joie finit réduite en poussière, en une plume qui vole au gré du vent et disparaît dans le lointain."
Je remercie Babelio pour leur opération Masse Critique et les Éditions Zulma de leur confiance.

babelio          Zulma

 

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