Woolf

WOOLF Virginia - "Un lieu à soi".

176 pages.

Éditions Denoël (2016).

« "Un lieu à soi" rassemble une série de conférences sur le thème de la fiction et des femmes que Virginia Woolf prononça en 1928 à l'université de Cambridge. Ce vaste sujet a donné naissance à une tout autre question, celle du lieu et de l'argent, qui donne son titre à l'essai : «Une femme doit avoir de l'argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction.» À la manière d'un roman, et s'appuyant sur l'histoire littéraire, Virginia Woolf retrace ainsi le cheminement qui l'a conduite vers cette célèbre thèse, qui reste incontournable de nos jours. Chef-d’œuvre de la littérature féministe, Un lieu à soi brille d'un nouvel éclat sous la plume de Marie Darrieussecq. Jouant de l'humour et de l'ironie de Virginia Woolf, cette traduction propose une remise en perspective essentielle de la question de l'écriture et des femmes au sein de la littérature contemporaine.»

INCIPIT: "Mais, me direz-vous, vous m'avez demandé de parler des femmes et de la fiction - quel rapport avec un lieu à soi?"   

6 - Bon moment de lecture

Virgina Woolf est un des grands noms du groupe de Bloomsbury. Auteur d'influence à la personnalité plus que complexe, sa plume piquante est encore tout à fait d'actualité aujourd'hui, à travers notamment "A Room of One's Own". La traductrice, Marie Darrieussecq, précise dans sa post-face que le titre "Une chambre à soi" est inexact, mais que l'auteur voulait plutôt faire passer la notion qu'une femme avait besoin d'une pièce - d'un lieu à soi - pour pouvoir s'isoler pour écrire, ou toute autre activité intellectuelle; et pour ce faire d'un minimum de pécule.

Virginia Woolf dans cet essai, qui est en réalité une série de conférences qu'elle a tenu sur les rapports entre les femmes et l'écriture. Le thème majeur, même si le postulat de départ reste la question essentielle que se pose l'auteur tout au long de ce texte, reste le féminisme, et cette question de savoir comment à cette époque-là une femme pouvait écrire  - de la littérature, de la poésie ou tout autre chose - semble presque un prétexte. Mais c'est un très bonne excuse pour le lecteur car la lecture est passionnante.

La narratrice emmène le lecteur avec elle, sur les pas de son cheminement tant intellectuel que physique pour répondre à cette question. Elle s'interroge, observe le carcan qui retient les femmes de ce siècle prisonnières de leur foyer, de leurs obligations, mais surtout de leur mari. Elle épluche la littérature qui parle des femmes mais qui n'est pas écrite par les femmes - paradoxe car qui est le mieux placé pour en parler - mais par des hommes, observateurs pour la plupart dubitatifs, pour certains dignes des inquisiteurs face à Satan ou Belzébuth.

Il y a pourtant des femmes qui ont marqué la littérature de leur plume bouleversante - et non pas de spoiler... Elle se demande même si la lutte en vaut la peine, car après avoir accoucher de cette oeuvre, reste l'accueil que celle-ci recevra de la part d'une société encore majoritairement misogyne - car dominée par le sexe" fort - où  la femme intellectuelle n'a que peu de place et est à peine capable de penser par elle-même.

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 Ce qui compte est de se libérer de ses entraves personnelles. Ce texte est captivant par la vision juste de la femme, dans une société civilisée par si éloignée de la nôtre que cela. Les femmes autrices sont de plus en plus nombreuses, mais la Femme doit encore prouver sa valeur - et dans certains endroits de part le monde, se libérer de ses chaînes d'esclave - même si le chemin vers la parité est en bonne voie. 
CITATIONS: "Woolf laisse là un outil en héritage: on l'appelle aujourd'hui le test de Bechdel ou de Bechdel-Wallace; Alison Bechdel et Liz Wallace renvient à Virginia Woolf pour la maternité du concept. Le test est le suivant: prenez un film ou un livre, et soumettez-le à trois questions: 1) Comporte-t-il au moins deux personnages féminins qui ont un nom? 2) Ces deux femmes se parlent-elles? 3) Parlent-elles d'autres chose que d'un homme? Peu de livres ou de films passent le test."
"Mais si on n'a, malheureusement, aucune formation universitaire, la question, loin d'être menée à la bergerie, s'échappe dans tous les sens comme un troupeau effrayé, pêle-mêle, poursuivi par une meute de chiens."
"Les femmes, durant tous ces siècles, avaient servi de verres grossissants dont le magique et délicieux pouvoir réfléchissait la silhouette naturelle d'un homme en multipliant sa taille par deux. Sans ce pouvoir, la terre serait encore probablement marécage et jungle."
"Car on a souvent d'elles un aperçu dans les vies des grands de ce monde, s'éclipsant vite dans le fond, cachant, à ce qu'il me semble parfois, un clin d'oeil, un rire, peut-être une larme."
"La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, pas seulement depuis deux cents ans, mais depuis le début du temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes ont donc plus de chances de finri comme des chiens que d'écrire de la poésie."
Je remercie chaleureusement les Éditions Denoël pour cette belle découverte.

denoel

 

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