Aubenque

AUBENQUE Alexis - "Tout le monde te haïra"

425 pages.

Éditions Robert Laffont - Collection La bête noire (2016).

«En ce début d’hiver rigoureux, Alice Lewis débarque à White Forrest, petite ville côtière du sud de l’Alaska, dans l’espoir de retrouver sa soeur, Laura Barnes, dont la disparition étrangement semble n’inquiéter personne. Désemparée, Alice s’offre les services d’un ancien flic au passé trouble devenu détective privé, Nimrod Russell. L’homme va très vite découvrir que la disparue travaillait à un reportage d’investigation concernant une mystérieuse affaire, celle d’un navire ayant sombré en 1920 au nord du pays, avec à son bord une centaine d’orphelins russes. Si les corps des marins ont été extraits des glaces, ceux des enfants semblent s’être volatilisés… Mais ce n’est pas la seule énigme qui accapare l’attention de la communauté de White Forrest : pendu par les pieds dans sa grange, un notable a été éventré de la gorge au sexe à l’aide d’un hakapik, l’arme inuit servant à abattre les phoques. Le lieutenant Tracy Bradshaw qui récupère cette sordide affaire va bientôt mettre au jour les étonnantes pratiques sexuelles de la victime. Sa mort serait-elle le simple résultat d’un jeux amoureux qui aurait mal tourné ? Forcés à retravailler en binôme au sein de la police de White Forrest, Nimrod et Tracy vont devoir unir leurs efforts pour résoudre ensemble leurs enquêtes respectives sans aucun lien en apparence. Dans une Alaska d’une sauvagerie implacable, la ruée vers l’horreur a bel et bien commencé…»    
INCIPIT: "8h12. En cette belle journée estivale, le soleil entamait son ascension dans le ciel immense de l'Alaska." 

8 - Pur délire

La Bête Noire est une collection qui sait tirer le meilleur parti de son genre de prédilection, avec de nouveau un polar qui donne le frisson. Au propre comme au figuré. Après déjà deux très bons romans - à savoir Tu tueras le père de Sandrone Dazieri et Les fauves d'Ingrid Desjours; voici venir Alexis Aubenque. Intriguée par cet auteur, dont je souhaite lire 7 jours à River Falls depuis une éternité, mon envie s'est vue confirmer par ce très bon thriller absolument dépaysant, avec une intégrité dans le détail qui rend ce contexte du récit totalement crédible et réel.

L'alaska. Le choix du lieu de l'intrigue est original et plutôt inattendu, mais ça fonctionne très bien. L'auteur, d'une plume efficace, rend compte de cet environnement avec beaucoup de réalisme, au travers du froid mortel qui y , aux étendues glacées, aux forêts denses et sombres, à la présence dangereuse de cette force omniprésente, la nature. C'est captivant, et personnalise parfaitement les investigations de Tracy Bradshaw et Nimrod Russell. Curieuse de ce prénom étrange, on  découvre qu'il était celui d'un des personnages de la Genèse, petit-fils de Noé et futur roi...

Les personnages ont de l'épaisseur et une certaine force de caractère qui les rendent immédiatement captivants. Le lecteur est happé par l'histoire dès les premières pages. Il entre dans un univers qui existait déjà avant qu'il ouvre le roman, chacun des personnages principaux - mais surtout Nimrod - ont vécus des évènements difficiles voire traumatisants. L'auteur laisse deviner certaines choses, en fait découvrir d'autres par le biais des personnages et de leurs interactions, mais on sent que ce n'est pas tout. Qu'il y aura d'autres informations à révéler, et de fait, le lecteur est appâté rien qu'avec les personnages.

Mais c'est sans tenir compte de l'intrigue, qui se tisse au travers d'une écriture vive et nerveuse, aux travers d'évènements choquants. Le premier meurtre découvert, et qui ouvre l'enquête de Tracy, place le lecteur face à un thriller, qui - heureusement pour un lecteur peu fan d'hémoglobine - n'est pas l'équivalent de Mo Hayder.  L'auteur frappe fort, pour intriguer les esprits. Une certaine violence en découle forcément, sans tomber dans la surenchère. En parallèle de ce sacrifice humain, si l'on peut dire, une jeune femme, Alice, fait appel à Nimrod pour retrouver sa demi-soeur dont elle n'a plus de nouvelles. Dit comme ça, ces faits ont l'air plus que banals placés comme ça dans un polar. Ben non!

 Les pages tournent de plus en plus vite et l'auteur réussit à mener son lecteur - plein d'hypothèses plus tordues les unes que les autres -par le bout du nez. Le dénouement, laisse pantois. Alexis Aubenque va loin dans sa façon de voir le mal, et surtout l'appât du gain - sans spoiler quoi que ce soit, bien entendu. 

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Ce duo qui n'en est pas vraiment un, fonctionne à merveille, grâce à l'humanité et aux blessures que le lecteur devine en Tracy Bradshaw et Nimrod Russell. Au travers d'une intrigue, semée de fausses pistes et de rebondissements inattendus, le roman se lit d'une traite et l'on en redemande.
Je remercie chaleureusement les Éditions Robert Laffont et surtout toute l'équipe de la Collection La bête noire de leur confiance.

 

La bête noire

 

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