Debats

Debats Jeanne A. - "Métaphysique du vampire"

374 pages.

Éditions ActuSF (2015).

«Raphaël est un drôle de vampire. Non seulement il est vieux et immortel, mais il entretient un rapport ambigu avec le Vatican. Pour tout dire, il travaille en sous-main pour lui… comme espion assassin. Normal, avec ses dons de vision, ses capacités surnaturelles, Raphaël ne peut être qu’un agent hors normes ! Or, voici qu’il doit se rendre au Brésil, mis sur la trace d’un dangereux nazi en fuite, qu’il doit capturer… ou éliminer. Accompagné d’un prêtre, Ignacio, et d’une vampire, Dana, le voici embarqué dans une sombre aventure où la moindre erreur peut se révéler fatale. Mais Raphaël pense. Lui.»
INCIPIT: "C'est un monstre, il est totalement inhumain!"   

8 - Pur délire

D'abord avant mon enthousiasmant avis, l'aspect technique. L'ouvrage se compose d'une grosse nouvelle "Métaphysique du vampire" ainsi que de trois plus petites "Lance", "Ovogenèse du vampire" et "La fontaine aux serpents". Des romans sur les vampires, ça fait un moment que je n'en avais pas lu, et des comme celui-là, je crois que  jamais. Il faut dire que le style de Jeanne Debats est assez inimitable mêlant une registre soutenu à de l'argot, avec quelques pointes de cynisme et d'humour noir (c'est le cas de le dire ^^) ici et là.  L'auteur dépoussière totalement le genre, en faisant voyager le lecteur aux basques de Navarre de l'an de grâce 1969 jusqu'en 2112. D'ailleurs au travers de ce recueil, Jeanne Debats touche à différents genres littéraires, que je ne saurai nommé vu ma médiocre érudition en langage SF.

Chacune de ces aventures est passionnante, même si j'ai eu une légère préférence pour la chasse aux nazis, peut-être parce que c'est l'histoire la plus développée. La première nouvelle est celle qui m'a le moins accroché, peut-être à cause de "Lance" (pour les intimes, sinon ce n'est rien moins que Lancelot) qui est tiré de son sommeil éternel pour voler au secours d'enfants retenus prisonniers par les nazis. Encore eux. Il faut dire que l'on est dans la même période historique. Le début ressemble assez à une purée de pois car le lecteur ne sait pas trop où Navarre l'emmène, d'ailleurs lui-même, à la solde du Vatican - n'est pas bien chaud non plus pour cette mission. La seconde nouvelle avec son saut dans le temps est assez intéressante, même si Navarre va encore y laissé de la peau, à défaut de plumes. "La fontaine aux serpents" est vraiment captivante. Un vampire dans le futur c'est déjà assez innovant (pour moi, je ne suis pas assez férue de ce genre littéraire pour savoir s'il existe des précédents) mais le futur vu par l'auteur est assez décapant. Cette nouvelle mériterait moult développements.

Une innovation, et non des moindres pour le genre, et surtout le paradoxe que cela entraîne c'est que notre vieux vampire est à la botte du Vatican, qui l'a surnommé Raphaël. Le nom de code qui tue pour un vampire, je dois dire. Au delà de ça, Jeanne Debats, place le débat ( désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher, je sais est lourdingue quand je veux) non sur le côté surnaturel de son personnage, mais sur la monstruosité (cf. lire la 1ère de mes citations, ci-dessous, qui donne tout de suite le ton de l'auteur). Le personnage de Navarre est passionnant, savoir qu'il a l'éternité devant lui ne le perturbe pas trop. Il ne sent pas non plus la naphtaline. Épicurien dans l'âme, il profite de la vie et de ses plaisirs sans être enfermé dans le carcan reconnu du vampire soit version vampire qui n'assume pas sa part sombre - genre le Edward de Bella - soit qui porte des costumes ultra démodés et se planque du monde... Il a un côté sombre qu'il assume totalement sans tourné au pervers malsain non plus. Le personnage du vampire retrouve ainsi une certaine fraîcheur, exaltante.

Le point négatif, car il y en a toujours et que rien est parfait à par l'imperfection, est que la première grosse nouvelle donc est beaucoup trop courte. Elle aurait tout à fait l'ampleur pour devenir à elle seule un vrai roman. Il en résulte que la solution de l'énigme (cette traque aux vilains nazis) est très vite résolue. Hors le lecteur aurait aimé en découvrir davantage sur Navarre - heureusement on le rencontre de nouveau dans d'autres récits) mais aussi sur Dana et son frère. Frustration!

 

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Au travers de ce recueil de nouvelles, Jeanne Debats redonne vie au vampire, tout en mettant en avant des thématiques captivante comme l'âme, la monstruosité, l'humanité, la moralité de l'Eglise, etc. Je serai curieuse de découvrir une autre des aventures de ce bon Navarre.
CITATIONS: "En matière de coquetterie, les hommes d'Eglise accusent des siècles d'avance sur les Parisiennes."
"La nuit est magique option tropicale. Les diamants de la Croix du Sud étincellent aussi violemment que les lumières exubérantes du sambodrome tout en bas. Le carnaval palpite presque langoureusement à nos pieds. De si loin et de si haut, c'est magnifique, on dirait qu'une des étoiles les plus jeunes et les plus folâtres s'est offert une tournée des grands-ducs sur la Terre."
"Ou bien les dieux sont des espèces de critiques littéraires de la vraie vie: pour eux, la scène de cul est forcément lourdingue et superfétatoire dans l'histoire; aussi, s'acharnent-ils à brider les intentions érotomanes des auteurs. Heureusement que le lecteur est là pour contrebalancer leur influence puritaine."
"Je suis bien. Les satisfactions d'ego, même les plus futiles, c'est comme les joies minuscules: toutes sont bonnes à prendre."
Je remercie Babelio pour leur opération Masse Critique et les Éditions Actu SF de leur confiance.

babelio          ActuSF

 

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