Desjours

DESJOURS Ingrid  - "Les fauves"

448 pages.

Éditions Robert Laffont (La bête noire) (2015).

« « Torturez-la ! Violez-la ! Tuez-la ! » À la tête d'une ONG luttant contre le recrutement de jeunes par l'État islamique, l'ambitieuse Haiko est devenue la cible d'une terrible fatwa. Lorsqu'elle engage Lars comme garde du corps, le militaire tout juste revenu d'Afghanistan a un mauvais pressentiment. Sa cliente lui a-t-elle dit l'entière vérité sur ses activités ? Serait-ce la mission de trop pour cet ancien otage des talibans ? Dans cet univers ou règnent paranoïa et faux-semblants, Haiko et Lars se fascinent et se défient tels deux fauves prêts à se sauter à la gorge, sans jamais baisser leur garde.»
INCIPIT: "C'est un long ruban calciné et luisant du sang fraîchement versé de quelques mécréants."   

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Voici une lecture qui s'est avérée très dure à poursuivre. J'ai ouvert le livre vendredi 13 novembre vers 23h, peu de temps après j'apprenais les évènements tragiques qui se sont déroulés ce soir-là sur Paris. Déjà, dans ces circonstances, la lecture est dure à reprendre, mais avec le sujet de ce roman, ça a été impossible. Le livre m'est tombé des mains. Étonnamment, je n'ai pas traîné pour le lire, en un peu plus de deux jours, c'était bouclé.

La plume d'Ingrid Desjours s'est affermit depuis son dernier roman. Elle est ici, ciselée et implacable, comme la lame d'un couteau. Le récit est violent et cru de part les évènements qu'il véhicule, l'atmosphère d'oppression que subit Haiko, et surtout la psychologie des personnages principaux (surtout) qui sont véritablement des fauves, dans leurs actes et dans leurs têtes.

La trame est bien ficelée, le doute s'insinue dans l'esprit du lecteur. Tous les personnages ont un lourd passé et semblent cacher quelque chose d'essentiel pour débloquer cette situation intenable. Bien sûr la claustration de la jeune femme et ces huit-clos sont pesant pour les nerfs et pour l'action, mais nécessaires dans le déroulement de l'intrigue.

C'est un des rares - et peut-être bien le seul - roman où le lecteur ne ressent aucune empathie pour les personnages principaux. Lars, cet homme dangereux et totalement détruit psychologiquement est une véritable bombe à retardement. Il fait de la peine, le lecteur a envie de l'aider... mais de loin. Trop de violence et de testostérone se dégagent de lui. Haiko, quant à elle, semble fausse. Le lecteur a la perpétuelle impression d'avoir affaire à une menteuse (but recherché par l'auteur forcément) et de ne pouvoir lui faire confiance. Mais Haiko a raison sur un point , son attitude et ses agissements ne sont pas accepter par notre société, surtout parce que c'est une femme, qui en plus est jeune, riche et belle. Délit de belle gueule pourrait-on dire.

Une des thématiques, hormis celle des intégristes et autres terroristes, est la puissance de la Rumeur, relayée par les journaux, les réseaux sociaux, les gens. La rumeur est, telle un tsunami, qui détruit tout et ne laisse que peu de chance à la victime de s'en relever. C'est l'un des fléaux apportés par les nouvelles technologies. Terrifiant harcèlement psychologique.

La fatwa, les intégristes, le terrorisme, les kamikazes... Tout cela est traité par Ingrid Desjours avec impartialité, si cela est possible. Après certains chapitres, des extraits de journaux, des témoignages, des définitions, sont apportés au lecteur pour valider et expliquer les actes et les situations. L'auteur éclaire d'ailleurs un fait que le lecteur n'avait probablement jamais envisagé: le développement de l'intégrisme chrétien. Ce point associé à la situation actuelle fait froid dans le dos. Surtout en ce moment.

Dans le roman, la boucle est bouclée et l'auteur est allée jusqu'au bout son idée. 

 

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Un thriller percutant et très bien mené, qui met mal à l'aise car beaucoup trop proche de l'actualité du moment. Ce roman pousse le lecteur dans ses derniers retranchements, et développe des pistes de réflexion qui ne peuvent laisser indifférent, de nos jours. L'auteur a une façon étonnante de traiter ses personnages principaux - comme si elle ne les aimait pas. 
CITATIONS: "Impuissants derrière les barreaux de leur cage mentale, tels des lions qu'on a trop cherché à dompter, des fauves tristes qui ne croient plus en la liberté et s'en souviennent à peine, ils assistent au baroud d'honneur d'un monde décadent."
"Quant au frère de la jeune femme, il n'est ni plus ni moins qu'une tête à claques, le genre qu'on regrette de ne plus pouvoir tabasser à coups de Bottin."
"Croire c'est imaginer des possibles, se projeter dans le futur."
Je remercie chaleureusement les Éditions Robert Laffont et surtout toute l'équipe de la Collection La bête noire de leur confiance.

 

La bête noire

 

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