Butler 

BUTLER Nickolas - "Retour à Little Wing"

375 pages.

Éditions Points (2015).

«Ils étaient quatre. Inséparables, du moins le pensaient-ils. Arrivés à l'âge adulte, ils ont pris des chemins différents. Certains sont partis loin, d'autres sont restés. Ils sont devenus fermier, rock star, courtier et champion de rodéo. Une chose les unit encore : l'attachement indéfectible à leur ville natale, Little Wing, et à sa communauté. Aujourd'hui, l'heure des retrouvailles a sonné. Pour ces jeunes trentenaires, c'est aussi celle des bilans, de la nostalgie, du doute...»
INCIPIT: "Nous l'invitions à tous nos mariages; Lee était célèbre."   

8 - Pur délire

Ce roman d'ambiance et de grands espaces est un vrai baume au coeur. Le lecteur en ressort en ayant l'impression d'avoir pris une grande goulée d'air frais. Il ne faut pas s'attendre à suivre une intrigue bien ficelée, ou des coups bas au coeur d'une dynastie reine du pétrole. Pas du tout. Il faut juste prendre le temps et apprécier.

Rassurez-vous il y a quand même du mouvement dans cette histoire dans l'Amérique profonde. L'histoire de quatre amis qui sont nés et ont vécu à Little Wing, cette petite ville perdue au fin fond du Wisconsin. Il y a Lee, le célèbre musicien qui parcourt le monde avec sa guitare, Kip le riche courtier en bourse de Chicago, Ronny la star du Rodéo et enfin Hank le fermier et sa femme Beth, riche de sa terre et de sa famille. Mais le personnage le plus captivant reste Little Wing, ce foyer vers lequel ils reviennent tous un jour ou l'autre; là où ils sont nés, là où ils ont grandit et souffert, là où se trouvent leur coeur.

A chaque chapitre, un narrateur. Le lecteur plonge ainsi dans l'intimité de ce petit groupe d'amis, y apprend leur jeunesse, leurs vies d'adultes aujourd'hui, leurs espoirs - déçus... ou pas - et leurs peines. Chacune de ces voix va, au gré des pages et des souvenirs, étoffer et enrichir cette trame, finalement dense et pleine de vie. La vraie vie. Le lecteur va apprendre à connaître chacun, et progressivement nouer à son tour une relation d'amitié avec ces personnages, avec cette ville qui lui devient plus familière.

Chaque personnage évolue sous les yeux du lecteur, cabossé par les évènements de la vie, ils changent. Certains plus que d'autres d'ailleurs, mais tous, invariablement, et ce pour des raisons différentes. Côté femme, il y a Beth qui a une place aussi importante dans le groupe que les quatre hommes - même si c'est une histoire d'hommes au départ. C'est la femme de Hank, qu'elle connaît depuis l'enfance et avec qui elle forme un couple solide et un foyer rassurant pour leurs amis. Il y a Felicia, la femme de Kip, qui est arrivée avec lui de Chicago. Working girl et femme accomplie professionnellement, il lui manque pourtant quelque chose d'essentiel dans la vie. Enfin il y a Lucy, strip-teaseuse qui tente avec Ronny de fonder un foyer et changer de vie, sans en faire des caisses pour autant.

La plume de Nickolas Butler est juste magnifique pour parler de grands espaces comme de la nature humaine. C'est un roman fort  et simple, comme une claque dans la figure. Il parle d'amitié, d'amour, d'espoir, de peine. De la vie.

 

étoileétoileétoileétoileétoileétoileétoileétoileétoile

Vous n'avez qu'une chose à faire, lisez-le. En attendant, moi j'ai hâte de découvrir le nouveau livre de Nickolas Butler "Rendez-vous à Crawfish Creek".
CITATIONS: "Je me suis levé et approché d'elle, comprenant en cet instant que nous avions déjà commencé à vieillir et que nous vieillirions ensemble."
"Le père de Beth m'a serré la main et j'ai remarqué pour la première fois que la peau de son annulaire gauche avait presque englouti son alliance. L'anneau faisait partie de lui, comme un fil de barbelé progressivement absorbé par l'écorce d'un arbre de clôture."
"Quand je n'avais nulle part d'autre où aller, je revenais ici. Quand je n'avais rien, je revenais ici. Je revenais ici et je créais quelque chose à partir de rien. (...) J'étais revenu ici et j'y avais trouvé ma voix, comme un truc qui serait tombé de ma poche, comme un souvenir depuis longtemps oublié."
"C'est ici que j'entends tout: le monde qui palpite différemment, le silence qui résonne comme un accord joué il y a une éternité, la musique dans les trembles, les sapins, les chênes et même les champs de maïs desséchés."
"La neige ensuite. Assez pour recouvrir le monde, pour nous recouvrir. Notre monde qui dort, se repose et guérit sous l'édredon blanc de l'hiver. Les forêts qui en octobre projettent leurs confettis hallucinogènes à la face du monde se retirent, affligées, calmes et soudain amaigries, avec l'allure de vieillards conscients que leur heure est proche."
"En hiver; fais comme les ours et reste au lit à hiberner, à pâlir, à lire des romans russes ou à jouer aux échecs par courrier avec de la famille éloignée et des amis de lycée exilés."
"Ces pétales me semblaient aussi fragiles que mes émotions, susceptibles d'être emportés par le moindre coup de vent(...)."
"(...) et j'ai senti que c'était le seul endroit où j'avais envie d'être - à la maison. Avec les gamins qui grimpent dans notre lit le dimanche matin, ou alors simplement Hank et moi, regardant les rideaux s'enflammer à la lumière blanc-jaune du jour naissant, sur fond de champs noirs piquetés de vert, un peu plus vert chaque jour. Les tourterelles tristes sur les fils de téléphone ou perchées au sommet de notre silo, leurs roucoulements, et tous ces hommes, amis de Hank, qui passent à la maison sans prévenir, qui lancent tranquillement nos enfants dans les airs, qui s'attablent dans notre cuisine pour un café et un morceau de gâteau."
Je remercie Babelio pour leur opération Masse Critique et les Éditions Points de leur confiance.

babelio          Points

 

Challenge Rentrée littéraire

 

Back to school

Signature