Jaenada 

JAENADA Philippe - "La petite femelle"

720 pages

Éditions Julliard (2015).

«Au mois de novembre 1953 débute le procès retentissant de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tué de sang-froid son amant. Mais qui est donc cette beauté ravageuse dont la France entière réclame la tête ? Une arriviste froide et calculatrice ? Un monstre de duplicité qui a couché avec les Allemands, a été tondue, avant d'assassiner par jalousie un garçon de bonne famille ? Ou n'est-elle, au contraire, qu'une jeune fille libre qui revendique avant l'heure son émancipation et questionne la place des femmes au sein de la société ? Personne n'a jamais voulu écouter ce qu'elle avait à dire, elle que les soubresauts de l'Histoire ont pourtant broyée sans pitié.
Telle une enquête policière, La Petite Femelle retrace la quête obsessionnelle que Philippe Jaenada a menée pour rendre justice à Pauline Dubuisson en éclairant sa personnalité d'un nouveau jour. À son sujet, il a tout lu, tout écouté, soulevé toutes les pierres. Il nous livre ici un roman minutieux et passionnant, auquel, avec un sens de l'équilibre digne des meilleurs funambules, il parvient à greffer son humour irrésistible, son inimitable auto-dérision et ses cascades de digressions. Un récit palpitant, qui défie toutes les règles romanesques.»
    
INCIPIT: "Je suis comme les bébés, quand la nuit tombe, j'ai besoin d'un wisky."

6 - Bon moment de lecture

"La petite femelle" est un roman fort qui retrace la vie de Pauline Dubuisson, accusée d'avoir tuer son amant Félix Bailly. Belle femme, mais critiquer pour sa froideur et sa modernité. Le postulat de Philippe Jaenada est de reprendre tout depuis le début - l'enfance de la jeune femme à Malo-les-Bains - et dans les moindres détails. En lisant ce roman, je n'ai pu m'empêcher de penser au "Pull-over rouge"de Gilles Perrault, qui retrace l'histoire de l'affaire Chritian Ranucci, l'un des derniers guillotiné de France. Il faut savoir que la peine de mort a été abolie en 1981, en France.

L'auteur fait part de tout à son lecteur, la précocité de Pauline aussi bien intellectuelle que sexuelle, son indifférence de l'opinion des gens, la froideur de ses parents à son égard, la mort de ses proches, sa jeunesse sous le nazisme, son désir de devenir médecin puis de se spécialiser en pédiatrie, son incapacité ou sa peur d'aimer, etc. C'est dense, foisonnant, intense. Le lecteur pénètre réellement l'intimité de cette femme au destin extraordinaire, mais malchanceuse selon Jaenada. D'autres vous demanderont si c'est vraiment de la malchance...

Tous ces faits biographiques s'entrecroisent avec la voix de l'auteur, sa vie et son opinion personnelle. Le lecteur suit presque pas à pas l'écriture du roman, comme un ami sincère vous racontant une histoire captivante, assis dans un fauteuil moelleux au coeur d'un salon accueillant et chaleureux. Les apartés de l'auteur sont parfois un peu lassantes car n'ont que peu à voir avec le sujet traité; heureusement l'humour et la dérision sont là. Le travail de documentation est titanesque et les recherches ne laissent passer aucun détail. L'auteur a traqué son sujet jusqu'à l'obsession.

Un autre point important est que l'auteur, en essayant de se mettre dans les talons hauts de Pauline Dubuisson, opte indirectement pour une plaidoirie en faveur de la défense de la jeune femme. Sans trouver d'excuses intimes et profondes à tous ses actes, même les pires, Philippe Jaenada n'offre au lecteur qu'une facette et demi de l'histoire. Il influence la façon de voir et de penser à ce drame, et à toutes ses causes profondes. Il tente de la dédouaner, même s'il ne l'excuse pas, un homme est mort tout de même. Mais peut-être est-ce la faute à pas de chance?...

Il est vrai que le procès semble avoir défrayer la chronique à cette époque. Les journalistes faisaient ressortir le graveleux, et le côté mauvaise fille de la jeune femme. Toutes ses qualités sont devenues des défauts, et les vérités semblent avoir été manipulées - ou plutôt oublier - au profit de l'accusation. 

Le procès est vraiment le moment le plus marquant du récit. Le juge, au lieu de conserver sa neutralité, se met partie prenante de l'accusation, et les avocats de Pauline, soit se désistent, soit lui conseillent de plaider la culpabilité pour être purifier aux yeux de Dieu. Tous sont des hommes de plus de quarante ans, qui voient encore la femme comme une petite chose fragile, qui doit obéissance et respect à son mari. L'auteur a d'ailleurs l'intelligence, même si cela explique l'épaisseur du roman, d'aborder les procès d'autres femmes, jugées dans la même période, et pour des faits presque similaires. La comparaison est intéressante, même si elle n'excuse en rien les gestes, et permet une meilleure compréhension du quotidien de l'après-guerre, et du carcan de la société sur le sexe faible.

Au final, l'auteur ne cherche pas de coupable -car pour sauver Pauline Dubuisson et ses consoeurs, il est bien trop tard - mais plutôt à les comprendre et à rétablir la justesse des faits, grandement manipuler par toutes les parties. La jeune femme apparaît alors comme une victime. Victime de son éducation, victime de la société, victime du temps. Mais il ne faut pas oublier que la véritable victime - qui à l'époque est apparue blanche comme neige - n'est autre que ce beau jeune homme, futur médecin, qui n'aura jamais pu profiter de sa vie. Mais n'est-ce pas, finalement ce qui est également arrivé à Pauline Dubuisson, ou est-ce la faute à pas de chance?...

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"La petite femelle" est un roman captivant, qui retrace la destinée tragique d'une jeune femme, et donne une image plus juste de la société des années cinquante. Pauline Dubuisson représente la mise en accusation de la femme moderne face au puritanisme de la France d'avant-guerre.
Je remercie les Editions Julliard via NetGalley  pour leur confiance.
CITATION: "(...) la célèbre phrase de Malraux (célèbre mais souvent interprétée de travers): Juger, c'est de toute évidence ne pas comprendre (...) Puisque si on comprenait, on ne pourrait plus juger."

 

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