Zweig 

ZWEIG Stefan - "Amok".

192 pages.

Éditions Le livre de Poche (1991).

«La passion en ce qu'elle a d'irrésistible et de semblable à la folie : c'est le thème central de ces trois récits publiés en 1922 par le grand écrivain autrichien, auteur du Joueur d'échecs et de La Confusion des sentiments. L'amok, en Malaisie, est celui qui, pris de frénésie sanguinaire, court devant lui, détruisant hommes et choses, sans qu'on puisse rien faire pour le sauver. Le narrateur rencontre sur un paquebot un malheureux en proie à cette forme mystérieuse de démence. Histoire encore d'une folie, d'une passion - d'un amour fou, cette fois - que la Lettre d'une inconnue reçue par un romancier à succès. Mais la passion peut faire de l'homme dominateur et méprisant un être humilié et ridiculisé : c'est le thème du troisième de ces récits, La Ruelle au clair de lune.  Préface de Romain Rolland»

INCIPIT: "Au mois de mars 1912, il se produisit dans le port de Naples, lors du déchargement d'un grand transatlantique, un étrange accident sur lequel les journaux donnèrent des informations abondantes, mais parées de beaucoup de fantaisie." 

6 - Bon moment de lecture

 

Dans la préface d'Amok, Roland Barthes apprend au lecteur que le recueil de nouvelles, à l'origine composé de 5 nouvelles, a subit diverses modifications quant à sa composition, pour finir dans son édition française par n'en contenir plus que trois: "Amok ou le fou de Malaisie", "Lettre d'une inconnue" et "La ruelle au clair de lune". Toutes trois tourne autour d'un même thème: l'amour à sens unique. Et deux se ressemble beaucoup sur la trame de fond.

"Amok ou le fou de Malaisie" est la nouvelle éponyme du recueil. Stefan Zweig plante rapidement le décor en trois coups de crayon, tel une esquisse, voulant peut-être dire que l'endroit où se passe cette confession n'a que peu d'importance par rapport au contenu,  ou il laisse de la place au lecteur pour faire jouer son imagination et de ce fait s'impliquer dans l'histoire assez rapidement. Quelque soit l'intention de l'auteur, elle fonctionne à merveille, et le lecteur plonge dans cette mise en abîme d'un récit dans un récit, et l'on oublie presque où l'on se trouve. Stefan Zweig projette le lecteur dans ce pays chaud et lointain à l'époque du colonialisme et de l'aristocratie britannique. Le lecteur a un peu de mal tout de même à se mettre à la place de ce docteur - dont la susceptibilité (ou l'orgueil) est la cause de toute cette histoire au final - qui repousse au premier abord une patiente un peu trop hautaine. Cette dernière lui demande de réaliser un acte chirurgical répréhensible pour lui éviter le déshonneur. Face à la froideur de cette femme, il souhaite soudain la briser pour voir apparaître un autre masque que ce dédain qu'elle affiche. Le lecteur ne ressent que peu d'empathie pour cet amour étrange et masochiste, qui va mener les protagonistes beaucoup plus loin qu'ils ne pensaient. Cette tragédie teintée de folie est une forme d'amour, du moins de désir. Cela serait très inquiétant d'avoir un prétendant de cet acabit, soit dit en passant.

Dans "Lettre d'une inconnue", dont les sentiments sont très beaux, voire sacrificiels et pleins d'abnégation pour le dieu Amour, cette femme fait beaucoup de peine. Elle envoie une longue lettre à un homme dont elle est amoureuse depuis le premier jour, lorsqu'elle était à peine une adolescente. Mais, chose hallucinante, elle ne lui a jamais avouer son amour. Le regardant vivre de loin et portant seule le fardeau de ce sentiment tout puissant et de ce que cela implique. Sachant que l'auteur est un homme, le lecteur peut se demander jusqu'à quel point c'est un fantasme.  ;) En tout cas, en tant que femme de on époque, cette relation s'entend mais le silence que cette inconnue maintient tout ça vie, beaucoup moins. Peut-être une façon de se protéger de cet être volage et inconstant?

Quant à "La ruelle au clair de lune" en parler est difficile car elle est à la limite du malsain. Cette relation de domination entre cet homme tout puissant et cette femme de condition inférieure, qui un jour bascule et s'inverse totalement est un pur gâchis de sentiments, une relation sadomasochiste. Toute l'histoire de ce couple a été pourri à sa base par l'argent. C'est la nouvelle la moins appréciée du recueil.

 

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Sur le fond, les personnages de ces trois nouvelles évoluent dans les sentiments d'amour à sens unique. "Amok" et "la ruelle au clair de lune" se ressemblent beaucoup. Cet aspect de l'amour dévorant, destructeur, avec chaque fois un dénouement fracassant; est comme une étude sociale. Mais écrite avec la plume de Stefan Zweig, cela prend une toute autre dimension, passionnante et en même temps repoussante.

 

CITATIONS: " (...), le devoir s'arrête quelque part... là où l'on n'a plus le pouvoir de l'accomplir, précisément là..."
"Seuls les enfants solitaires peuvent garder pour eux toute leur passion: les autres dispersent leur sentiment dans des bavardages et l'émoussent dans des confidences; ils ont beaucoup entendu parler de l'amour, ils l'ont retrouvé dans les livres, et ils savent que c'est une loi commune. Ils jouent avec lui comme avec un hochet; ils en tirent vanité comme un garçon de sa première cigarette? "
"J'étais toujours occupée de toi, toujours en attente et en mouvement; mais tu pouvais aussi peu t'en rendre compte que de la tension du ressort de la montre que tu portes dans ta poche, et qui compte et mesure patiemment dans l'ombre tes heures et accompagne tes pas d'un battement de coeur imperceptible, alors que ton hâtif regard l'effleure à peine une seule fois parmi les millions de tic-tac toujours en éveil."

 

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