Wood

WOOD Benjamin- "Le complexe d'Eden Bellwether".

498 pages.

Éditions Zulma (2014).

« Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée de l’imposant campus, Oscar est irrésistiblement attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant d’une chapelle. Subjugué malgré lui, Oscar ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme attire son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique…»

INCIPIT: "Il y eut soudain le hurlement des sirènes, un nuage de poussière au bout de l'allée, et bientôt la pénombre du jardin fut inondée par la lumière bleue des gyrophares."   

06 - Bon moment de lecture

 

Je remercie PriceMinister qui pour "Les matchs de la rentrée littéraire", m'a permis de découvrir ce beau roman, qui a entre autres récompenses, a reçu le Prix Fnac de cette année. La découverte d'une belle plume et d'un esprit affûté.

Dès les premières pages du roman, Benjamin Wood accroche son lecteur. En effet, pouvoir de l'auteur, il lui donne à voir un aperçu du dénouement déchirant du récit. Puis il reprend, sans tressaillir un instant,  le cours de son histoire quelques mois avant le drame, lors de la rencontre en Oscar et Iris.

Avec cette rencontre, s'entrechoquent deux univers; celui de la classe moyenne et celui des étudiants de Cambridge. Oscar, aide soignant dans une maison de retraite,  est un personnage très attachant, gentil et intelligent. Il porte le poids de ses origines sur ses épaules; autodidacte et curieux, il souhaite s'élever et devenir quelqu'un. Iris est une jeune fille issue d'une famille riche, à la vie plus qu'aisée, appartenant au milieu plutôt fermé des "Collèges", avec leur pelouse immaculées, leur grosses voitures et leur monde élitiste. Autour d'elle gravite Marcus, Yin, Jane, et surtout son frère Eden.

Eden. Le lecteur ne sait pas, même après avoir refermé le livre, si il doit en avoir pitié ou le détester. Génie incompris ou fou furieux, le personnage oscille perpétuellement entre deux états extrêmes. Une tendance bipolaire très certainement. Prodige de la musique, organiste virtuose, il proclame pouvoir guérir avec ce talent. Jusqu'au jour où les choses vont trop loin.

La plume de Benjamin Wood est fluide mais également exigeante, au travers de thèmes forts, comme la mort ou l'espoir. Il mène son récit d'une main de maître, en faisant alterner le récit entre une étude psychanalytique, une intrigue policière et un roman d'initiation. C'est un roman dense, où l'auteur prend le temps de la description, de regarder le temps s'écouler, lentement. Dans tous les cas, le lecteur se pose des questions, surtout à propos d'Eden et de son complexe. Faut-il l'aimeren tant que génie incompris, où le détester pour sa froideur, son arrogance et sa supériorité?...

A travers toute cette histoire, et son dénouement tragique, Oscar joue le rôle de fanal. Il est le fil conducteur, le point de repère du lecteur par sa constance et son attachement.  Il est d'ailleurs dommage que le lecteur n'en apprenne pas plus sur Oscar, mais surtout sur Eden. Des pistes sont lancées, des lignes jetées mais à par ce "fol espoir" qui guide bon nombre de personnages gravitant autour d'Eden, rien n'est réellement explicité. Le lecteur, seul doit se faire sa propre idée.

 

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Le temps de s'immerger dans ce récit intelligent, parsemé de références littéraires ou musicales, et le lecteur se prend de passion pour ce drame, oscillant entre énigme et psychologie. Et Eden le hantera encore longtemps après avoir refermé la dernière page de cette oeuvre si riche et si particulière.
CITATIONS: "Il soufflait dans les tuyaux cassés du vieil orgue; un bourdonnement faible et dissonant qu'on entendait par intermittence, avec une parfaite régularité, comme une machine qui aurait trouvé le moyen de respirer."
"C'était la fin de matinée et le ciel était d'un gris de papier journal."
"- L'argent est important pour lui?
- Non. Il traite ça comme si c'était... je ne sais pas, du talc. Il en a tellement qu'il le disperse à tout vent sans réfléchir."
"Ma théorie est que l'espoir est une forme de folie. Une folie bénigne, certes, mais une folie tout de même. En tant que superstition irrationnelle, miroirs brisés et compagnie, l'espour ne se fonde sur aucune espèce de logique, ce n'est qu'un optimisme débridé dont le seul fondement est la foi en des phénomènes qui échappent à notre contrôle."
"C'est... c'est une approche très moderne. A la place d'une foi aveugle en Dieu ou dans la spiritualité, comme dans les temps anciens, nous vouons à présent un culte à la logique de la science. Pour les faits, pour ce qui est prouvable. Et c'est très bien. Mais notre foi moderne dans la science est devenue aussi aveugle que l'était notre foi en Dieu."
"Comme Oscar ne voulait pas l'obliger à en parler, le sujet devint un énorme et bruyant éléphant qu'ils s'efforçaient d'ignorer chaque fois qu'ils étaient ensemble."
Je remercie chaleureusement Priceminister de leur confiance.

 

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