Guereau

GUEREAU Etienne  - Le clan suspendu.

467 pages.

Editions Denoël (2014).

« Un clan haut perché dans les bois. Un ennemi étrange. Seule une jeune fille osera désobéir afin d’échapper à son destin. Ismène vit parmi les siens, dans un village accroché à dix mètres de hauteur. Tous pratiquent des rites immuables et répètent inlassablement Antigone, la tragédie qu’il leur faut connaître sur le bout des doigts. Descendre leur est interdit, car en bas une créature sanguinaire massacre ceux qui s’aventurent sur son territoire… Quand le jeune Hémon décide de contester l’ordre établi, tout bascule. Pour fuir cet univers oppressant et comprendre le sens profond de la tradition qui leur a été inculquée, Ismène va devoir percer le secret qui menace son clan.»
INCIPIT: "La lumière du matin s'insinuait entre les lattes disjointes de la cabane, de toutes petites particules dansaient dans les rais mielleux.""   

3 - Bon moment de lecture

J'ai été très heureuse de recevoir (^^) ce partenariat, et remercie chaleureusement les Éditions Denoël pour leur gentillesse.

"Le clan suspendu" est un roman qui déroute, sortant des sentiers battus. Sa quatrième de couverture intrigue, et le lecteur plonge à la découverte de ce clan vivant dans les arbres, sans savoir ce qui l'attend au détour des lignes. Quelle naïveté quand même!

Leur vie est régentée par des rites, des statuts, et la tragédie d'Antigone. Cette dernière est tellement présente dans leur quotidien que les enfants portent souvent le prénom d'un personnage de la pièce, même si leur rôle dans l'histoire présente diffère de celle de Sophocle. Ainsi, l'héroïne est Ismène et non Antigone, même si l'on retrouve le même côté rebelle et une certaine soif de liberté chez les deux jeunes filles. Par contre les moeurs du clan sont préhistoriques.

Rapidement, le lecteur sent que quelque chose ne cadre pas. Comment vivre dans une telle autarcie, alors que des avions passent dans le ciel? On entre là dans la dystopie... ou dans une utopie qui a mal tourné... Parallèlement, le malaise s'incinue progressivement dans le Suspend. Les virilités sont mises à mal et la cruauté commence à poindre. Comme quelqu'un me l'a justement fait remarqué, cela ressemble beaucoup au roman "Sa majesté des mouches" de William Golding. 

La psychologie des personnages est très bien rendue et tout à fait crédible, mais aucun n'a vu émergé mon empathie, même pas Ismène qui semble un peu trop parfaite, trop civilisée presque, trop "auréolée" par rapport aux travers des autres. Mais elle porte sur ses épaules le fardeau de mener à bien toute cette histoire - ou pas - donc on lui pardonne sa perfection. Le personnage d'Hémon est parfait de cynisme, de cruauté et d'intelligence. Détestable à souhait.

Même si elle semble nécessaire au bon déroulement de l'intrigue, la folie est par trop présente dans ce récit, entre les fous de sang, les de pouvoir, les fous discrets, les fous tout court,  et les autres; ça fait un peu beaucoup. Au bout d'un moment, le lecteur se met à scruter chacun dans le blancs des yeux pour savoir lequel est sain d'esprit et lequel l'étranglera dès qu'il aura le dos tourné. Effrayant.

Plusieurs fois, le récit semble être dans un cul-de-sac, mais la plume d'Etienne Guereau rebondit et repart dans une direction tout à fait inattendue (la plus part du temps). Mais où l'auteur veut-il en venir?  Le parallèle avec Antigone est intéressant, mais Mr Guereau a choisi une autre fin pour son héroïne, même si la pièce éclaire d'un jour particulier la compréhension du roman.

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Au travers du quotidien de cette tribu arboricole, l'auteur guide le lecteur dans un huis-clos oppressant, où au milieu des rebondissements de l'action,  pointe une certaine philosophie. Une lecture pour le moins déroutante.
Citations: "Les concepts, vides de sens, désignaient des objets ou des attitudes du quotidien qu'on associait à une vérité floue, extérieure. Peu à peu, Ismène avait découvert le langage et ses artifices, les liens arbitraires unissant les choses et leurs noms. Gestes, actions et conseils se traduisaient selon des termes intangibles qu'il fallait décoder et retenir."
"Les yeux grands ouverts, tous deux s'entre-regardaient. Hémon contemplait le visage de la soumission; Ismène celui du vice."
"Encore un moment, puis la forêt s'offrit dans une lumière pudique. Dans la futaie, au milieu du néant, les ondes de lune et d'étoiles révélaient un paysage incertain; breuils, bordées de genêts, tiges et corymbes de toute taille, le décor spectral semblait prendre vie. Les sous-bois gagnaient en profondeur, se chargeaient d'ombres méfiantes."
"En définitive, l'envie de passer à autre chose, de retrouver les gestes de toujours s'était plaquée sur ses lèvres tel un doigt gigantesque."

denoel

 

RL2014

 

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