Oates

          4ème de couv.

Elles se rencontrent au cœur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très " radical chic ", riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington. Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye sans relâche de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude singulièrement déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la piété bien intentionnée et, au bout du compte inefficace, des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique.

          Première phrase.

"J'ai décidé de commencer un texte sans titre."

          Citations.

"... quelque chose d'étrange et de merveilleux dans la famille. Quelque chose de monstrueux dans la famille. La famille est une créature à plusieurs têtes comme l'hydre. La famille est le lieu des obsessions. La famille, c'est posséder et être possédé. La famille, c'est le transfert de gènes d'une génération à la suivante. La famille est pur ego. La famille est un monstre."

"Si l'on croit que Certaines vérités sont des mensonges, il faut croire que Certains mensonges sont des vérités."

"Et cela me consola, comme cela me console aujourd'hui: tout ce que vous croyez avoir imaginé est réel. Il faut seulement y survivre."

"Un secret a toujours son utilité. Si on le révèle, on l'a perdu."

          Lilly's feeling.

Le résumé des livres m'énervent prodigieusement. Ils sont censés vous mettre l'eau à la bouche, vous appâtez, pour que vous lecteur avide et curieux, vous laissiez prendre par ces phrases tentatrices. Mais non! plus d'un de ces résumés innocents vous balancent toute la sauce et c'est ainsi que pendant toute la lecture du roman, ici 380 pages vous attendez qu'il se passe quelque chose. Et non. Raté! Tout est dit dès la dernière page. Exaspérant.

C'est mon premier livre de Joyce Carol Oates. J'en ai beaucoup entendu parler mais jamais tenter. Jusqu'au challenge "un mot des titres" de Calypso. Ce mois-ci le mot est FILLE, et entre ce roman et "les 4 filles du Docteur March", je n'ai pas hésité. Non pas que le second ne me tente pas, mais le livre n'est disponible à la bibliothèque que dans une version abrégée et trop jeunesse à mon goût. Dommage. Une autre fois peut-être. Par contre qu'est-ce que J.C. Oates est prolifique en terme de titres de romans comprenant le mot fille (?!!): "Confessions d'un gang de filles", "La fille du fossoyeur", "La fille tatouée", plus celui que j'ai lu.

"Fille noire, fille blanche" (Eh, eh! J'ai deux filles dans mon titre, ça compte double?!) est une histoire assez étrange dans le fond. Sa forme est très agréable. Joyce C. Oates a un style très maîtrisé, qui est l'attrait principal de cette lecture. La narratrice principale est Genna Meade, mais par moment j'avais l'impression que l'auteur prenait le pas sur son personnage. Déroutant, ou alors volontaire pour marqué un peu plus l'importance du moment raconté.

ATTENTION LEGER SPOILER dans ce paragraphe: Je m'attendais à une histoire de ségrégation, de racisme sur fond de Black Panthers et de Martin Luther King, à une situation tendue surtout vu les couleurs politique du père de Genna. Mais non. Il n'y a pas d'évènement explosif (au sens émotionnel du terme bien sûr), ni de tension. Rien est formellement dit. J'ai même eu l'impression que Genna se faisait des films parfois. Minette Swift est l'un des personnages principaux mais elle l'est un peu contre sa propre volonté. Elle ne prend pas une part active et directe à l'action du roman. C'est une fille très étrange,avec une légère tendance fanatique à certains moments...

Il y a trois personnages principaux dans ce roman, et deux relations importantes, celle de Genna et Minette de qui elle veut devenir la meilleure amie et l'alliée indéfectible à n'importe quel prix, et alors qu'absolument tout les oppose. L'autre est cette relation admiration qu'elle entretient avec ce père absent charismatique, magnifique orateur et absent. L'épilogue m'a un peu surprise, je ne vois pas très bien son rapport avec le reste du récit de Genna.

          En bref.

J.C.O traite à travers ce roman de thèmes particulièrement forts et délicats comme le racisme, la religion, l'émancipation des femmes, la politique des USA dans les années 70... Un roman très particulier, une auteur prolifique à découvrir.

          Note         étoileétoileétoileétoileétoile

          Pour en savoir plus sur l'auteur et le livre.

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