Ellory

 

          4ème de couv.

Joseph a douze ans lorsqu'il découvre dans son village de Géorgie le corps d'une fillette assassinée. Une des premières victimes d'une longue série de crimes. Des années plus tard, alors que l'affaire semble enfin élucidée, Joseph s'installe à New-York. Mais, de nouveau, les meurtres d'enfants se multiplient... Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante. Avec ce récit crépusculaire à la noirceur absolue, R. J. Ellory évoque autant William Styron que Truman Capote, par la puissance de son écriture et la complexité des émotions qu'il met en jeu.

          Première phrase.

"Coups de feu, comme des os se cassant."

          Citations.

"Il disait que même si vous passiez toute votre vie dans une petite cabane dans une ville minuscule, vous pouviez voir le monde entier en imagination si vous saviez lire."

" Une histoire est comme un message avec un sens différent pour chaque personne qui le reçoit."

"Elle se tenait immobile, immobile si l'on exceptait les circonvolutions tortueuses de son esprit."

"Au dessus de ma tête des feuilles d'automne se recroquevillant sur leurs branches telles des mains d'enfant, des mains de nourrisson: quelque ultime effort plaintif pour capturer les vestiges de l'été jusque dans l'atmosphère, et les retenir, le retenir contre soi, car il serait bientôt difficile de se rappeler quoi que ce soit hormis l'humidité maussade, oppressante qui semblait éternellement nous cerner. L'hiver en Géorgie était une chose à part; une énormité effrontée et arrogante, tel un parent irritable et frustre bien décidé à s'installer et s'immisçant dans les moments et les conversations intimes, les poings serrés, l'haleine chargée de whisky, doté d'autant de savoir-vivre qu'un peloton d'exécution unioniste."

"La solitude est une drogue, un narcotique; elle se répand dans les veines, dans les nerfs et les muscles; elle s'arroge le droit de posséder votre corps et votre esprit. L'isolement et la solitude sont des murs."

"Il y a des leçons à apprendre dans la vie, Joseph, coupa-t-il. Tu peux te tromper une fois et en tirer une leçon. Quand tu dois t'y prendre à deux fois pour retenir la leçon, c'est que tu es complètement idiot."

"Je crois qu'Haynes Dearing est un homme à la dérive dans un océan de questions."

"Elle m'attirait comme la gravité m'attirait vers le sol."

          Lilly's feeling.

"Seul le silence" un thriller, comme le laisse supposé la quatrième de couverture? Pas à mon sens. Pour moi, un thriller doit être oppressant, angoissant, voire effrayant et tout plein d'adjectifs en [-ant], mais ça n'a pas été franchement le cas. Je le qualifierait davantage de roman noir, psychologique. Donc attention à la façon dont vous appréhenderez ce roman, avant de le lire. Ai-je aimé? Pas franchement. Ai-je détesté? En aucun cas.

Le contexte historique est vraiment riche et intéressant. L'intrigue est bien menée, surtout dans la première partie à Augusta Falls, avec cette succession de meurtres horribles et inexpliqués. Sur le fond, j'admettrais donc qu'il s'agisse d'un thriller, mais pour la forme le lecteur suit la vie du personnage principal, hanté par la noirceur de ces évènements. Cette série de crimes n'est pas le coeur du récit mais davantage un prétexte au cheminement psychologie et à la malédiction du héros.

Les personnages sont finement travaillés, surtout sur le plan psychologique. L'auteur construit au fil des pages la vie de Joseph avec ses mille petits détails, sans liens directs avec les meurtres. Il développe la personnalité de son personnage et lui fait vivre de nombreux coups durs. Peu de personnes se seraient relevées après de tels drames. Le narrateur et  personnage principal, Joseph Calvin Vaughan, n'est pas omniscient. Le lecteur ne peut que ressentir de l'empathie pour ce dernier qui semble pour le moins maudit, mais il n'a aucun lien direct avec le tueur, aucun indice. Même si leur résonance est primordiale dans les prises de décisions de Joseph, les assassinats n'ont qu'une présence secondaire dans le récit.

Spoiler: Pendant un moment j'ai eu l'impression que peut-être Joseph était victime d'un dédoublement de personnalité ou d'un syndrome de persécution. La scène à New-York et ses conséquences m'ont pour le moins surprise et mise très mal à l'aise quand à l'injustice faite lors du procès. Il faut dire que j'ai lu cette partie de la vie du héros à 2 heures 30 du matin pour cause d'insomnie...

Le style de R.J. Ellroy est parfait, profond et maîtrise. Je l'ai trouvé vraiment excellent (ça se confirme avec la quantité d'extraits que j'ai mis juste au dessus.^^). Il se dégage du récit une atmosphère particulière.

La première partie avec l'enfance de Joseph Vaughan m'a bien accrochée,par contre la seconde traînait un peu en longueur, mais c'était "supportable" grâce à la qualité littéraire de l'auteur. Je n'ai absolument pas été surprise par la découverte du coupable, qui pour moi était évidente à ce moment-là; mais plutôt par la façon dont se termine le récit...

          En bref.

Si je n'avais pas lu ce roman en tant que thriller, mais comme un roman noir psychologique, je pense que je l'aurai davantage apprécié. Il a une grande force dramatique et un style impeccable.

          Pour en savoir plus sur l'auteur et le livre.

          Mes compagnons de [LC], organisée par Tousleslivres: Licorne, Lisalor, Petitpom, Blanche, Fleurdusoleil.

          Note            étoileétoileétoileétoileétoile

ABC 2012

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