Huxley

          4ème de couv.

Défi, réquisitoire, utopie, ce livre mondialement célèbre, chef-d'oeuvre de la littérature d'anticipation, a fait d'Aldous Huxley l'un des témoins les plus lucides de notre temps.
Aujourd'hui, devait écrire l'auteur près de vingt ans après la parution de son livre, il semble pratiquement possible que cette horreur s'abatte sur nous dans le délai d'un siècle. Du moins, si nous nous abstenons d'ici là de nous faire sauter en miettes... Nous n'avons le choix qu'entre deux solutions : ou bien un certain nombre de totalitarismes nationaux, militarisés, ayant comme racine la terreur de la bombe atomique, et comme conséquence la destruction de la civilisation (ou, si la guerre est limitée, la perpétuation du militarisme) ; ou bien un seul totalitarisme supranational, suscité par le chaos social résultant du progrès technologique.

          Premier paragraphe.

"Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au dessus de l'entrée principale, les mots Centre d'Incubation et de Conditionnement de Londres-Central, et, dans un écusson, la devise de l'Etat mondial: Communauté, Identité, Stabilité."

          Citations.

"(...) quel est le secret du bonheur et de la vertu, aimer ce qu'on est obligé de faire. Tel est le but de tout conditionnement: faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper."

"La famille, la monogamie, le romanesque. Partout le sentiment de l'exclusif, partout la concentration de l'intérêt sur un seul sujet, une étroite canalisation des impulsions et de l'énergie."

"Le bonheur effectif paraît toujours assez sordide en comparaison des larges compensations qu'on trouve à la misère. Et il va de soi que la stabilité, en tant que spectacle, n'arrive pas à la cheville de l'instabilité. Et le fait d'être satifait n'a rien du charme magique d'une bonne lutte contre le malheur, rien du pittoresque d'un combat contre la tentation, ou d'une défaite fatale sous les coups de la passion ou du doute. Le bonheur n'est jamais grandiose."

"(...) la civilisation n'a pas le moindre besoin de noblesse ou d'héroïsme. Ces choses-là sont des symptômes d'incapacité politique. Dans une société comme la nôtre, personne n'a l'occasiond'être noble ou héroïque. Il faut que les conditions deviennent foncièrement instables avant qu'une telle occasion puisse se présenter."

          Lilly's feeling.

Whaou! Ça fait réfléchir. Je ne peux pas m'empêcher de faire un parallèle entre ce livre (écrit en 1931) et "1984 "(écrit en 1948) de Georges Orwell. Même si sur la forme, ils décrivent des sociétés diamétralement opposées, sur le fond le résultat est similaire. Dans ce monde parfait, le concept de l'individu est inexistant par rapport au bonheur de la masse. En gros l'individu n'existe que pour satisfaire au bonheur des autres. C'est-à-dire qu'il ne possède plus ni liberté propre, ni jugement personnel. Même si le style, de par les descriptions et les explications que donne l'auteur, peut sembler un peu lourd, le thème majeur développé dans le roman est très intéressant, et le lecteur n'en ressort pas indemne.

Parmi les thèmes secondaires, du clonage, de la manipulation, du conditionnement, de la conscience, des rapports amoureux, de la famille... l''auteur pose la question de l'influence de la drogue sur le bonheur. En effet les personnages, par le biais d'un comprimé, le soma, peuvent fuir la réalité vers des paradis artificiels. J'ai beaucoup aimé également les nombreuses références à Shakespeare, pour défendre notamment la "conception" actuelle de la relation amoureuse et de la famille.

Les personnages ne sont pas particulièrement attachants. Peut-être est-ce dû à leur conception de la vie? En tout cas, Aldous Huxley a mis en place des stéréotypes de cette société parfaite pour défendre chacun des points de vue. Je m'exlique. Il y a d'abord Foster, le mâle alpha par excellence, beau, intelligent...  En parallèle il y a Bernard mâle alpha, au physique raté, qui s'est toujours senti rejeté par cette société si parfaite dans laquelle il ne trouve pas sa place. Il n'entre pas dans le moule. Ensuite il y a la belle Lenina, femme alpha, pendant de Foster. Le couple donne au lecteur une idée de leur vie dans ce monde meilleur. Puis arrive le sauvage, c'est-a-dire un homme non conditionné, qui représente le point de vue du lecteur lambda. Le sauvage fait ressortir le manque de sentiments et d'émotions de cette société si parfaite, tellement parfaite que l'on n'a pas l'impression que cette "nouvelle race" d'hommes vive.

Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire, mais je vais m'arrêter là, afin d'arrêter de vous spoiler. Lisez-le et faites-vous votre propre opinion. Vous le pouvez encore, on n'est pas encore entrer dans ce monde parfait, mais peut-être que c'est pour bientôt. A ce propos, l'auteur a écrit un essai: "Retour au meilleur des mondes", près de 30 ans après "Le meilleur des mondes", afin de voir si notre société se rapprochait ou non de son meilleur des mondes.

          En bref.

Cette description utopique d'une vie parfaite, n'est au final pas si parfaite que ça. Mais que choisiriez-vous: un bonheur parfait mais conditionné ou la liberté individuelle avec les conséquences qu'on lui connaît?

          D'autres avis: Nanet, Wolna, Perdreuneplume, Calypso, Lynnae, Flof13.

          Pour en savoir plus sur l'auteur et sur le livre.

          Note          étoileétoileétoileétoileétoile

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge organisé par Calypso "Un mot, des titres". Voici le compte-rendu de cette quatrième session. Le mot de la prochaine session se trouve .

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