Gaudé

          4ème de couv.

La lignée des Scorta est née d'un viol et du péché. Maudite et méprisée, cette famille est guettée par la folie et la pauvreté. A Montepuccio, dans le sud de l'Italie, seul l'éclat de l'argent peut éclipser l'indignité d'une telle naissance. C'est en accédant à l'aisance matérielle que les Scorta pensent éloigner d'eux l'opprobe. Mais si le jugement des hommes finit par ne plus les atteindre, le destin, lui, peut les rattraper. Le temps, cette course interminable du soleil brûlant les terres de Montepuccio, balayera ces existences de labeur et de folie. A l'histoire de cette famille hors du commun se mêle la confession de sa doyenne, Carmela, qui résonne comme un testament spirituel à destination de la descendance. Pour que ne s'éteigne jamais la fierté, cette force des Scorta.

          Première phrase.

"La chaleur du soleil semblait fendre la terre."

          Citations.

"Un homme poussiéreux et entrait dans la maison des Biscotti, à l'heure où les lézards rêvent d'être des poissons, et les pierres  n'y trouvèrent rien à redire."

"Et puis ce matin je me suis présentée à vous, je vous ai demandé de m'accorder un entretien et vous avez tressailli. C'était comme si un chien ou la façade d'une maison se mettait à parler. Vous ne pensiez pas que cela soit possible."

"Il avait beaucoup maigri. Comme si la mort, avant de prendre les hommes, avait besoin de les alléger."

"La chaleur était maintenant à son zénith. Les convives étaient protégés du soleil par une natte de paille, mais on sentait, à l'air brûlant, que les lézards eux-mêmes devaient suer."

"Lorsque le soleil règne dans le ciel, à faire claquer les pierres, il n'y a rien à faire. Nous l'aimons trop, cette terre. Elle n'offre rien, elle est plus pauvre que nous, mais lorsque le soleil la chauffe, aucun d'entre nous ne peut la quitter. Nous sommes nés du soleil, Elia. Sa chaleur, nous l'avons en nous. D'aussi loin que nos corps se souviennent, il était là, réchauffant nos peaux de nourrissons. Et nous ne cessons de le manger, de le croquer à pleines dents. Il est là, dans les fruits qui nous mangeons. Les pêches. Les olives. Les oranges. C'est son parfum. Avec l'huile que nous buvons, il coule dans nos gorges. Il est en nous. Nous sommes les mangeurs de soleil."

"Les hommes, comme les olives, sous le soleil de Montepuccio, étaient éternels."

          Lilly's feeling.

Ce livre, découvert complètement par hasard, d'un auteur inconnu, fut un vrai plaisir à lire. Il a compensé le manque de chaleur des derniers jours. Le lecteur partage, pendant ces 250 pages, le destin de la lignée des Scorta, qui au premier abord semble plutôt mal parti.

C'est un récit simple, beau et fort, qui se déroule sous le soleil l'Italie du Sud, à Montepuccio, un tout petit village perdu dans un désert de pierre au bord de la mer. L'auteur fait admirablement bien ressentir cette chaleur omniprésente, ce soleil implacable, cette terre aride, et caillouteuse, où même les lézards ont chaud. Le récit démarre très fort, un peu comme dans un western de Sergio Léone.

Les personnages sont arides comme cette terre de laquelle ils vivent. Le soleil est également un personnage essentiel du récit. Il suit tel un observateur la vie de la famille, dont le père et le grand-père (de sales brigands, voleurs et assassins - pour ne dire que ça) qui ont jeté l'opprobe sur leur lignée. Pour ma part, je me suis davantage attachée au pays qu'aux personnages, même si la curiosité pousse le lecteur à savoir ce qui va leur arriver. Les Scorta sont forts dans l'adversité et leur but est de sortir la famille de sa misère, mais Montepuccio est un village dur, de culs-terreux ancrés dans la tradition, qui ne va pas leur faciliter la vie. Il semble resté hors du temps.

Le style de l'auteur est tout en finesse et en poésie. Il réussi à faire passer beaucoup d'émotions mais aussi des sensations. A un moment un zio (oncle) parle avec un de ses neveux des olives, la richesse de ce pays. Et il en parle tellement bien, que le lecteur a l'impression de sentir la chaleur du soleil, des olives, du bon pain... ^^ Laurent Gaudé saupoudre son récit de légères pointes d'humour, qui font sourire (je pense notamment à celles concernant les lézards). Un élément qui renforce le réalisme du récit, est que l'auteur utilise des expressions et des termes italiens qui renforce sa crédibilité. J'ai même appris un gros mot... ^^

          En bref.

Un roman fort. L'histoire d'une lignée. Un coup de coeur. Laurent Gaudé est un auteur que je vais continuer à découvrir avec plaisir. Il faut savoir que le livre a reçu le prix Goncourt et prix Jean Giono en 2004.

          D'autres avisAngelebb, ClaudiaLucia, Lasardine, Juliah, Calypso.

          Pour en savoir plus sur l'auteur et sur le livre.

          Note          étoileétoileétoileétoileétoileétoileétoileétoileétoile

Ce livre a été lu dans le cadre du Challenge organisé par Calypso "Un mot, des titres". Voici le compte-rendu de cette seconde session. Le mot de la nouvelle session se trouve .

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